Les Cahiers de Nutrition et de Diététique

Allergies et intolérances alimentaires : tendances et enjeux


Allergies alimentaires, fruits, prévalence

La prévalence des allergies est en constante augmentation en France et dans le reste du monde. Le centre d’études et de prospectives du Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation propose des explications à cette évolution et des pistes d’action publique.

 

Depuis les années 70, la fréquence des allergies et intolérances de toutes natures augmente dans l’ensemble des pays développés. Cette croissance constitue aujourd’hui un problème de santé publique et a un coût. Selon l’OMS, les allergies sont la quatrième maladie chronique dans le monde. Le centre d’études et de prospectives du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation dresse un état des lieux des principales tendances observées en France et dans le monde et propose des explications de cette évolution ainsi que des pistes d’action publique.

L’auteure du document indique que les allergies alimentaires, dont la fréquence augmente depuis une trentaine d’années, contrarient la vie de 250 millions de personnes. En France, leur prévalence est estimée à 2 % chez les adultes et 5 % chez les enfants. Les intolérances alimentaires sont elles aussi en progression. Au-delà des quatorze aliments allergéniques dits « à déclaration obligatoire », les auteurs citent les allergènes émergents comme l’épice fenugrec, le kiwi, les fraises, les pêches et les pommes. En matière d’intolérances alimentaires, le groupe des FODMAPS (Fermentable Oligo-, Di-, Mono-saccharides and Polyol), sucres fermentescibles, responsables du « syndrome de l’intestin irritable », touche 7 à 15 % de la population française.

Les types d’allergies varient d’un pays à l’autre, en fonction des habitudes de consommation : le soja au Japon, les pois chiches en Inde, les lentilles et pois chiches en Espagne, les produits de la mer en Asie de l’Est. À ceci s’ajoute l’évolution des allergies en lien avec des changements alimentaires ou consécutifs à l’occidentalisation de l’alimentation : allergie au blé en croissance au Japon, en Corée du Sud et en Thaïlande.  Pour l’auteure, la hausse des cas d’allergies et d’intolérances alimentaires ne s’explique pas seulement par un recensement plus exhaustif ou un diagnostic plus précis. Plusieurs théories sont pro- posées. Le mode de vie occidental aseptisé pourrait avoir déséquilibré le microbiote intestinal et modifié le développement du système immunitaire des jeunes enfants, créant ainsi un terrain propice aux intolérances et allergies. Le report de la diversification alimentaire pour éviter les aliments allergisants aurait pu, contre toute attente, contribuer dans l’augmentation des cas. Les dégradations environnementales (pollution, exposition aux perturbateurs endocriniens. . .) pourraient favoriser la survenue d’allergies et d’intolérances alimentaires. L’évolution des consommations et des modes de préparation alimentaires est une cause également avancée : baisse de la digestibilité des variétés de céréales, modification des procédés de panification, développement de la restauration hors domicile et de l’alimentation industrielle (multiplication des ingrédients, contaminations accidentelles, allergies croisées...). Sans oublier l’innovation alimentaire, qui expose les individus à de nouveaux aliments susceptibles de comporter des néo-allergènes (protéines végétales, protéines fongiques, protéines d’insectes. . .).

Divers réseaux internationaux travaillent sur ces questions. En France, l’Inra et le CEA participent à des travaux sur la fixation de seuils (« dose sans effet observable » et « plus petite dose avec effet observable »), élément crucial pour la gestion du risque. Car actuellement, il n’existe pas de plafond officiel fixé pour chaque allergène, en dehors du seuil maximal acceptable de 20 mg de gluten/kg de produit fini pour justifier l’appellation « sans gluten ».

Parmi les quelques pistes d’action publique proposées, l’auteure évoque la formation continue du corps médical et l’information des consommateurs, regrette que l’aide financière attribuée aux malades cœliaques pour l’achat des produits de substitution (35—50D par mois) soit insuffisante et compte sur la croissance de la disponibilité en produits alimentaires alternatifs pour soulager la vie des allergiques et intolérants.

 C. Costa  « © Société Française de Nutrition. Publié par Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés ».

Allergies et intolérances alimentaires : tendances et enjeux pour l’action publique. Centre d’études et de prospective no 130 Nov 2018.

 

Date de publication : 23/04/2019

 

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