Nutrition générale

Les voyages d’affaires : dangereux pour la santé ?


Manque d´activité physique, troubles du sommeil, excès d’alcool, en-cas sur le pouce ou repas copieux, sont le quotidien lors des voyages d’affaires. Cette hygiène de vie comporte-t-elle des risques pour la santé ?

Objectifs et modalités de l’étude
Les études sur l’aspect sanitaire des voyages portent essentiellement sur les risques infectieux et les troubles du sommeil. C. Richards et ses collaborateurs [1] de l’Université Columbia de New York ont voulu savoir ce qu’il en était des conséquences métaboliques, des risques d’excès de poids ou cardio-vasculaire. Pour cela, ils ont réalisé une étude chez des sujets, aux Etats Unis, pays où l’on compte en moyenne par an, 405 millions de voyages d’affaires de longue distance.
Les auteurs ont étudié en 2007, dans le cadre de la médecine du travail, 13 057 employés dont 80 % voyageaient au moins une fois par mois et 1 % plus de 20 nuits par mois. Dans 81 % des cas, le trajet se faisait en voiture.

Les sujets ont été classés en 5 groupes selon l’importance de leur activité voyage :

  • groupe 1 : aucun voyage
  • groupe 2 : 1 à 6 jours de voyage par mois (groupe témoin)
  • groupe 3 : 7 à 13 jours
  • groupe 4 : 14 à 20 jours
  • groupe 5 : 21 jours ou plus

 

L’IMC, la tension artérielle (TA), les taux de glycémie et de cholestérol (HDL et LDL), ont été étudiés chez les sujets (de 40 ans d’âge moyen). Un mode de régression multivariée a été utilisé pour interpréter les résultats statistiques.

 

Résultats
Les grands voyageurs du groupe 5 ont (par rapport au groupe 2 témoin) :

  • un IMC plus élevé : 27,5 versus 26,1 (p < 0,01)
  • une TA diastolique moyenne plus forte : 76,2 vs 74,6 mmHg (p =0,04)
  • un cholestérol HDL moindre : 53,3 vs 56,1 mg/dL (p=0,02)

 

Les employés du groupe 1, qui ne voyagent pas, n’ont pas non plus de bons résultats sur le plan sanitaire, par rapport au groupe 2 témoin. On observe chez eux :

  • un IMC plus élevé : 26,7 vs 26,1 (p < 0,01)
  • une TA diastolique plus élevée : 75,8 vs 74,6 (p < 0,01)
  • une TA systolique plus élevée : 117,7 vs 115,9 (p < 0,01)
  • un cholestérol HDL plus bas : 54,5 vs 56,1 (p < 0,01)
  • une glycémie plus élevée : 0,90 vs 0,89 g/L (p = 0,08)

 

L’ensemble de ces données d’investigation physiologique semblent être en accord avec la propre perception des participants de cette étude. En effet, les personnes ne voyageant pas et les grands voyageurs ont respectivement 0,6 et 1,6 fois plus de disposition à se sentir en mauvaise santé comparativement aux personnes du groupe témoin. Les personnes voyageant modérément (groupe 3) ne semblent pas ressentir ce mal-être caractéristique des autres groupes.

 

Conclusion
Les résultats des bilans montrent de moins bons résultats surtout chez les grands voyageurs, mais aussi chez les non-voyageurs. Leur surpoids peut être à l’origine d’un risque cardio-vasculaire accru.
Cette étude d´observation donne des pistes de réflexion mais ne permet pas d’imaginer des stratégies d´interventions solides.
Les auteurs suggèrent que soient mises en place en entreprise des stratégies de prévention adaptées. Il serait ainsi important de sensibiliser les hommes et femmes d’affaires faisant des déplacements fréquents sur l’importance de l’hygiène alimentaire (faire 3 repas par jour, respecter des plages horaires de repas régulières, équilibrer les repas, limiter les graisses, le sucre et les boissons alcoolisées…), la nécessité de la pratique d’une activité physique régulière et la gestion du stress.

 

[1] Richards CA and al. Business travel and self-rated health, obesity and cardiovascular disease risk factors. JOEM, 2011 April, 53, 4, 358-363

 

Date de publication: 10/12/2012