Nutrition générale

Facteurs sociaux et qualité de l’alimentation


Les enquêtes alimentaires s’intéressent aux aliments consommés, mais négligent souvent les facteurs environnementaux qui peuvent pourtant influencer l’équilibre alimentaire.

Le travail de BA Holmes et CL Roberts s’est déroulé entre 2003 et 2005, au Royaume-Uni ; il porte sur le rôle des facteurs sociaux chez 662 sujets (440 femmes et 222 hommes) âgés de 65 et plus, vivants seul ou avec d’autres personnes du même âge et ayant de faibles revenus. L’attention de ces auteurs avait été attirée par le fait que 10 % des plus de 65 ans sont atteints de dénutrition et que 15 % de la population du Royaume-Uni vit dans une situation de précarité.

 

Méthodologie

Des questionnaires détaillés répétés à 4 jours non consécutifs ont été distribués et les sujets ont été conviés à des entretiens. Il est établi un index de qualité alimentaire - DQI- (adapté de l’indicateur de Patterson, 1994), basé sur 9 paramètres, qui permet d’établir un score de 0 à 9. Les paramètres sont : l’apport total de lipides, de graisses saturées, le pourcentage de l’apport énergétique lié à la consommation de sucres simples (d’origine non laitière), l’apport de protéines, fer, calcium, vitamine D et la consommation quotidienne de fruits et légumes. On a distingué : le groupe DQI 1 de faible qualité (score 0 à 2), le groupe DQI 2 (score 3 à 5) et le groupe DQI 3 d’excellente qualité (score 6 à 8). Aucun sujet n’avait atteint un score de 9.

 

Résultats

Les résultats ont été étudiés après régression statistique, en tenant compte de la composante familiale, de la compétence en cuisine, de l’existence d’une longue maladie ou d’une invalidité limitant la possibilité de faire des courses ou la préparation des aliments.

La meilleure qualité alimentaire (groupe DQI 3) est inversement associée :

  • pour les hommes, comme pour les femmes, au fait de manger sur les genoux ou debout, par rapport à ceux qui mangent à table. Risque chez les hommes à 0,30 (IC 95% : 0,13 à 0,99 ; p< 0,05) et à 0,30 chez les femmes (IC 95 % : 0,17 à 0,56 ; p < 0,05). Les sujets qui mangent à table (ce qui est plus fréquent quand on ne mange pas seul) consomment plus de viande ; aussi ont-ils de meilleurs apports en protéines et en fer.
  • chez les hommes, à un mauvais coefficient masticatoire : risque 0,40 (IC 95 % : 0,13 à 0,99 ; p < 0,05)
  • chez les femmes, à l’existence d’un tabagisme : risque 0,20 (IC 95 % : 0,06 à 0,42 ; p < 0,05). Les fumeuses mangent moins de fruits et légumes et plus de pain blanc. Elles ont un apport moindre en vitamine C, acide folique, potassium, magnésium, fer et iode.

Dans le groupe DQI 3, hommes et femmes consomment plus de céréales ou de pain complet et de fruits et légumes. Dans ce groupe, tous les hommes et 97 % des femmes consomment plus que l’apport moyen de fruits et légumes par jour, contre 11 % des hommes et 9 % des femmes du groupe DQI 1.

 

Conclusion

Cette étude souligne la nécessité de recueillir des données supplémentaires sur le mode de vie et l’environnement du repas (notamment le fait de manger debout ou assis), lors des enquêtes alimentaires, surtout chez les personnes âgées et d’autant plus qu’elles sont en situation de grande précarité.
D’autres travaux se sont ainsi intéressés à la facilité ou non de faire les courses, de disposer et d’avoir la possibilité de conduire une voiture, à l’isolement social ou à l’aide des voisins, voire au portage des repas à domicile. La personne vit-elle seule ou en couple ? A-t-elle la capacité de faire la cuisine ? Est-elle à mobilité réduite ? Avoir de l’appétit et bien manger reste fortement lié à l’interaction sociale…

 

[1] BA Holmes, CL Roberts Diet quality and the influence of social and physical factors on food consumption and nutrient intake in materially deprived older people. Eur J Clin Nutr 20011, 65, 538-45

 

Date de publication: 10/12/2012