Nutrition générale

Une étude met en évidence une relation entre durée de sommeil et alimentation


Une étude américaine menée sur un échantillon représentatif de la population identifie les habitudes alimentaires associées à des durées de sommeil plus élevées ou plus faibles que la normale.

Il est désormais reconnu que la durée de sommeil, qu’elle soit trop importante ou au contraire trop faible, peut avoir un impact négatif sur la santé. Peu d’études se sont cependant intéressées au lien  entre habitudes alimentaires et de sommeil. L’équipe du Pr. Grandner de l’université de Pennsylvanie a donc cherché à évaluer dans une étude de grande envergure, s’il existait une relation entre ce que nous mangeons et comment nous dormons.

L’étude portait sur un échantillon de 4 587 adultes (53 % de femmes) de 18 ans et plus (46,3 ans en moyenne), issus de l’enquête américaine NHANES* 2007-2008. Les données nutritionnelles des individus ont été recueillies par un rappel des 24 h et portaient sur le régime alimentaire global (AET, diversité alimentaire), le suivi éventuel d’un régime spécifique (minceur, hyposodé…), les apports nutritionnels (en macro et micronutriments). Les participants ont ensuite été classés en 4 groupes selon leur durée moyenne de sommeil par nuit, rapportée sur base d’un questionnaire déclaratif : très courte (< 5 h / nuit) ; courte (5 - 6 h / nuit) ; normale (7 - 8 h / nuit) ; longue (≥ 9 h / nuit).

L’analyse des données nutritionnelles au sein des différents groupes de sommeil a ainsi mis en évidence que :

  • l’apport énergétique total (AET) variait selon les différents groupes de dormeurs (p = 0,001) : très petits dormeurs (< 5 h / nuit) 2036 kcal ± 1367 ; petits dormeurs (5-6 h / nuit) 2201 kcal ± 1074 ; dormeurs standards (7-8 h / nuit) 2151 kcal ± 950 ; gros dormeurs (≥ 9 h / nuit) 1926 kcal ± 978.
  • plus l’alimentation était diversifiée, meilleur était le sommeil. Le groupe déclarant une durée de sommeil normale (7-8 h / nuit) consommait une plus grande variété d’aliments (17,8 ± 6,0 types d’aliments) comparé aux très petits (< 5 h / nuit), petits (5-6 h / nuit) et gros dormeurs (≥ 9 h / nuit) qui comptaient respectivement 14,0 ± 6,8 ; 16,5 ± 6,4 ; 16,3 ± 6,5 types d’aliments dans leur alimentation ; p < 0,001.
  • les groupes de très petits (< 5 h / nuit) et gros dormeurs (≥ 9 h / nuit) rapportaient les plus faibles taux de consommation de macronutriments alors que les petits dormeurs (5-6 h / nuit) rapportaient les plus forts taux de consommation, à l’exception de la catégorie des fibres. Une fois les données ajustées selon différentes variables, la seule différence significative persistante était la faible consommation de protéines (RR 0,46 ; IC95 % [0,30 - 0,71]) et glucides (RR 0,46 ; IC95 % [0,29 - 0,75]) chez les personnes dormant moins de 5 h par nuit comparées aux dormeurs standards (7-8 h / nuit) ; p < 0,05. 
  • concernant les apports en micronutriments, après ajustement des données :
  • le groupe de très petits dormeurs (< 5 h / nuit) consommaient moins de vitamine B1 (RR 0,25 ; IC95 % [0,11 – 0,56]), folates totaux (RR 0,64 ; IC95 % [0,48 – 0,85]), équivalent folates alimentaires (RR 0,65 ; IC95 % [0,50 – 0,85]), phosphore (RR 0,41 ; IC95 %  [0,25 – 0,69]), fer (RR 0,38 ; IC95 % [0,24 – 0,61]), zinc (RR 0,47 ; IC95 % [0,29 – 0,77]) et sélénium (RR 0,49 ; IC95 % [0,36 – 0,68]) comparés aux personnes dormant 7 à 8 h par nuit (p < 0,05 pour toutes les comparaisons).
  • les personnes ayant une durée de sommeil longue (≥ 9 h / nuit) avaient quant à eux des apports en phosphore significativement plus faibles comparés aux dormeurs standards (7-8 h / nuit) : RR 0,45 ; IC95 % [0,28 – 0,71] ; p < 0,05.

 

Ce qu’il faut retenir

Cette analyse a permis de mettre en évidence des différences en termes de comportement alimentaire et d’apports nutritionnels entre les personnes rapportant une durée de sommeil considérée comme normale (7-8 h / nuit) et les 3 autres groupes de dormeurs. L’étude ne permet cependant pas de déterminer la qualité de la relation entre alimentation et sommeil et des études  supplémentaires devraient être menées pour déterminer si la durée de sommeil a un impact sur le choix des aliments et les apports nutritionnels des individus.

 

*National Health and Nutrition Examination Survey

Grandner MA et al. Dietary nutrients associated with short and long sleep duration. Data from a nationally representative sample. Appetite 2013;64:71-80.

 

Date de publication: 02/04/2013