Nutrition générale

Faut-il prescrire vitamines et minéraux chez les obèses ?


Il est fréquemment observé chez les obèses des taux sanguins bas de minéraux et/ou de vitamines. Une supplémentation pourrait-elle avoir un effet bénéfique sur le poids, ainsi que sur les métabolismes énergétique et lipidique ?

Hypothèses

Chez les rats obèses, une supplémentation en vitamines et minéraux ferait baisser le poids et améliorerait le métabolisme énergétique 1. De même des travaux portant sur 15 655 américains en surpoids et obèses suivis 8 à 12 ans, montrent qu’une telle supplémentation induirait une perte plus importante de poids que chez les sujets non supplémentés 2.

 

Méthode

L’étude randomisée en double aveugle, contre placebo de Y. Li 3 a porté cette fois sur les Chinoises. Dans la population féminine de ce pays, on comptait en 2002, 22,8 % de femmes en surpoids et 7,1 % d’obèses. En 2006, l’étude de Y. Li a concerné 96 femmes obèses âgées de 18 à 55 ans avec un IMC > 28 (stable depuis 6 mois) pour entrer dans les critères d’inclusion de ce travail. Elles avaient en outre un cholestérol total > 5,2 mmol/L, un LDL-cholestérol > 3,1 mmol/L, un HDL-cholestérol < 0,91 mmol/L, des triglycérides > 1,7 mmol/L. Elles n’avaient, à l’inclusion, pas reçu de supplémentation en vitamines et minéraux depuis plus de 6 mois, ne prenaient pas de traitement pour l’hypercholestérolémie, ni l’HTA. Elles n’étaient pas diabétiques et n’avaient pas d’infarctus du myocarde. Elles faisaient moins de 2 heures d’activité physique par semaine.
Elles ont reçu pendant 26 semaines, après randomisation en 3 groupes, soit un placebo, soit un cocktail de toutes les vitamines et de nombreux minéraux et oligo-éléments (dont 162 mg de calcium, 100 mg de magnésium et 25 µg de chrome), soit du calcium uniquement (162 mg). Un questionnaire alimentaire quotidien permettait d’apprécier leurs apports nutritionnels (calories, macro et micronutriments).
Outre le poids, étaient mesurés le tour de taille et la masse grasse par impédancemétrie. Leur apport calorique quotidien moyen était normocalorique et non différent sur le plan statistique au début de l’étude (2765 +/- 950 kcal/j) et au bout des 26 semaines (2635 +/- 755 kcal/j).
Au cours de l’étude, il n’y a pas eu d’intervention diététique et il n’a pas été observé de différence entre les ingestats alimentaires au début et à la fin de l’étude dans les 3 groupes.

 

Résultats

Comparé au groupe placebo, après 26 semaines, on constate chez le groupe qui a reçu un cocktail de micronutriments une baisse statistiquement significative (p < 0,05) du poids, de l’IMC, de la masse grasse, du cholestérol total et du LDL-cholestérol. On observe également une augmentation significative du HDL-cholestérol (p < 0,05), de la dépense énergétique (p < 0,05) et une diminution du tour de taille (p = 0,07).
Le groupe « calcium seul » a seulement une augmentation significative du HDL-cholestérol (p< 0,05) et une diminution de la masse grasse (p < 0,01) par rapport au placebo.

 

Conclusion

Cette étude suggère qu’une supplémentation en micronutriments pourrait contribuer à réduire le poids, la masse grasse, à améliorer le profil lipidique et peut-être à augmenter la dépense énergétique et l’oxydation lipidique.
Quant à la supplémentation calcique seule, elle n’améliorerait que le profil lipidique et modestement la masse grasse.

 

[1] Jiang LY. and al. Effect of dietary mineral nutrients and vitamins on metabolism of rat fed with high fat. - Wei Sheng Yan Jiu 2004; 33 : 447-449
[2] Nachtigal MC. Dietary supplements and weight control in a middle-age population. – J Altern Complement Med 2005; 11: 909-915
[3] Li Y. and al. Effects of multivitamin and mineral supplementation on adiposity, energy expenditure and lipid profiles in obese Chinese women. Intern J of Obesity 2010: 1-8

 

Date de publication: 10/12/2012