Nutrition & moments de vie

Nutrition de la Femme Enceinte


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Depuis l’apparition des méthodes contraceptives modernes, la grossesse est, dans la majorité des cas, un événement prévisible. Une jeune femme qui désire un bébé consulte fréquemment son médecin traitant pour se renseigner sur les modalités d’arrêt de sa méthode contraceptive. C’est l’occasion de faire le bilan nutritionnel et pondéral de la future maman. Certains micro-nutriments peuvent avoir une importance décisive sur le développement du fœtus comme le fer, le calcium ou encore l’acide folique. On veillera donc plus particulièrement à l’état des réserves de ces nutriments.

Bilan pondéral de la future maman

Une consultation dite préconceptionnelle peut être proposée à de futurs parents dans différentes situations comme lors d’une demande d’arrêt d’une contraception ou en réponse aux demandes spontanées d’une femme ou d’un couple ayant un projet de grossesse. Dans le cadre de cette consultation, menée par  un médecin généraliste ou un gynécologue-obstétricien ou un gynécologue médical et une sage-femme, le médecin peut proposer un examen clinique comportant 1 :

  • une mesure de la pression artérielle
  • une mesure du poids, de la taille, et calcul de l’indice de masse corporelle
  • un examen gynécologique en particulier examen clinique des seins, frottis cervical de dépistage, s’il date de plus de 2 à 3 ans, recherche de mutilations de l’appareil génital, etc...

Parmi ces différents examens, le calcul de l’IMC a son importance dans le sens où une insuffisance pondérale, comme un excès de poids, peuvent avoir des conséquences néfastes sur l’état de santé de la future mère, voire même entraver sa fertilité.

  • le surpoids et l’obésité sont associés à un taux de complications materno-fœtales important 1
  • un faible poids maternel est associé à une augmentation des complications obstétricales 1

Risques liés à une obésité ou une maigreur

Les personnes obèses peuvent être confrontées à un certain nombre de risque en cas de grossesse 2 :

  • elles sont plus sujettes aux troubles de l’ovulation et d’hypofertilité que les personnes de poids « normal »
  • le risque de fausse couche est plus important : 3,05 fois plus important que dans la population non obèse
  • des risques non négligeables d’anomalies congénitales pour le fœtus sont également constatés
  • l’examen échographique est souvent difficile, en raison de l’atténuation des ultrasons par phénomène d’absorption.

 

Face à ces risques, l’intérêt d’un équilibre glycémique et d’un régime diététique antéconceptionnel strict apparaît indispensable en cas de désir de grossesse chez une patiente obèse.2 Pour cela, des conseils diététiques doivent pouvoir être donnés à la femme en surpoids ou obèse en période préconceptionnelle. 1,2

 

Une trop grande maigreur n’est pas non plus sans risque. En effet, en cas d’IMC < 19 kg/m², il a été mis en évidence une augmentation :

  • de l’infertilité
  • des accouchements prématurés
  • du nombre d’enfants de faible poids de naissance, surtout si la prise de poids au cours de la grossesse a été insuffisante

Correction du comportement alimentaire

Même si un traitement du problème dans les premiers mois de grossesse peut encore améliorer la santé de la future maman, il est préférable qu’une femme exprimant un désir de grossesse corrige son comportement alimentaire au préalable. 

En pratique on proposera :

  • à une femme en surpoids : des mesures correctrices en précisant que le régime ne doit pas être poursuivi au cours de la grossesse
  • à une femme présentant une maigreur excessive : de retrouver un "poids de santé", et ce après élimination d’une cause organique (hyperthyroïdie, processus tumoral, diabète…) et enquête alimentaire (apports journaliers < 1500 kcal/24 h) ; en effet, beaucoup de femmes adoptent de telles habitudes alimentaires parce qu’elles sont insatisfaites de leur apparence physique.

 

Il est important d’insister également sur l’arrêt du tabagisme, en sachant qu´il faut être d’autant plus vigilant dans cette période, compte tenu des modifications du métabolisme basal induites par ce sevrage.

 

Rôle préventif de l’acide folique 3,4

Il est désormais démontré que l’apport de folates, encore appelés vitamine B9 ou acide folique, avant et en tout début de grossesse, permet de réduire significativement le risque d’anomalies de fermeture du tube neutral (AFTN) chez l’embryon, et ce qu’il existe ou non des antécédents ou des facteurs de risque.

C’est pourquoi il est essentiel d’informer les femmes en âge de procréer de cet effet protecteur des folates sur une éventuelle grossesse. En cas de désir de grossesse, il est ainsi recommandé de les inciter à une consommation appropriée de folates dans leur alimentation, et à prendre une supplémentation à dose adéquate.

Anomalie de fermeture du tube neutral (AFTN)

L’AFTN est une anomalie très grave, souvent mortelle in utero ou à la naissance. Lorsqu’elle n’est pas opérable, elle peut aussi être invalidante pour le reste de la vie.

Cette anomalie concerne 1 grossesse sur 1 000 en France et plus de la moitié de ces grossesses font chaque année l’objet d’une interruption volontaire ou spontanée.

L’AFTN se constitue très tôt, lors de la 3ème ou 4ème semaine de vie embryonnaire et ce défaut n’est pas réversible. C’est pourquoi il faut agir en amont, en prévention, avant que la femme ne soit enceinte. Même si la prévention n’est pas totale, car des facteurs génétiques peuvent aussi intervenir, l’effet protecteur d’une supplémentation en folates avant même le début de la grossesse est désormais démontré. 3,5

Supplémentation en folates

En pratique, une alimentation conforme aux repères de consommation du PNNS doit suffire à assurer un apport suffisant en acide folique. Mais ces recommandations alimentaires ne sont pas toujours suivies. L’alimentation pauvre en folates concerne plus spécifiquement les 15 – 24 ans, et d’une façon générale, les jeunes femmes présentant un IMC < 18 en début de grossesse. Lorsque l’apport en folates n’est pas adéquat via l’alimentation, les apports en folates indispensables peuvent être fournis par le biais d’une supplémentation médicamenteuse. 3

Dans la cadre de la prévention des anomalies de fermeture du tube neural un apport en folates peut être prescrit à partir du moment où la femme a un souhait de grossesse, lors de la consultation préconceptionnelle, et la prise peut être prolongée jusqu’à la 12ème semaine d’aménorrhée à la dose de 400 μg/jour. 1

D’une manière générale, pour toutes les femmes en âge de procréer, il est conseillé de consommer des aliments riches en folates. 3

Où trouver des folates ? 3

Teneur

en μg/100 g

Aliment

en μg/100 g

Intérêt

Très forte*

 

>1000

Levure

RÉDUIT, car nous en consommons très peu

Forte

100 – 200

 

100 – 250

Epinards, cresson, chicorée, pissenlit, mâche, melon

Graines (noix, châtaigne, pois chiche...)

Fromages affinés (brie, bleus, chèvre...)

RELATIF, car nous en consommons peu ou en toutes petites proportions

Moyenne

50 – 100

 

 

 

 

20 -50

autres légumes à feuille (laitue, endive, choux, poireau, artichaut), haricots verts, petits pois, radis, asperges, betteraves, courgettes,

avocat, lentilles

Carottes, tomates, oignon, potiron, maïs, poivron, agrumes, banane, kiwi, fruits rouges, dattes, figues, œufs, autres fromages, frites, pains

TRÈS IMPORTANT, car nous consommons régulièrement l’un ou l’autre de ces aliments et dans des proportions assez élevées

Faible

5 – 20

 

 

 

5 - 10

concombre, céleri, aubergine, champignons, olives, pommes de terre, riz, pâtes, laitages frais, viandes, poissons,

pommes, poires, prunes, pêches, abricot

IMPORTANT, car nous consommons régulièrement ces aliments même si leur apport en folates est plus réduit.

* Le foie est également riche en folates mais par précaution sa consommation (quelle qu'en soit l'espèce) ainsi que celle des produits à base de foie, est déconseillée aux femmes enceintes ou désireuses d’avoir un enfant.

Enfin, notons que la vitamine B9 est particulièrement fragile : elle est facilement détruite par une exposition prolongée à la lumière, à la chaleur ou à l’eau.

En pratique, pour préserver la teneur en folates des aliments, et particulièrement des légumes frais, vous pouvez conseiller à vos patientes de :

  • les conserver au réfrigérateur et les consommer rapidement après l’achat
  • éviter les rinçages prolongés
  • éviter les cuissons longues à l’eau, spécialement si les légumes sont en petits morceaux.

 

Pour en savoir plus

 

Sources 

  1. HAS. Projet de grossesse : informations, messages de prévention, examens à proposer. Argumentaire. Septembre 2009.
  2. Begler-Fonnier J et al. Obésité et grossesse. Réalités en gynécologie-obstétrique 2010;148.
  3. PNNS. Dossier de presse. Folates et femmes en désir de grossesse. Novembre 2004.
  4. PNNS. Les folates n’attendez pas d’être enceinte pour les inviter à table !
  5. Rouget F et al. Folates en période péri-conceptionnelle et prévention du risque de fente orofaciale : rôle des apports alimentaires en France. Rev Epidemiol Sante Publique 2005;53:351-360.

 

Autres sources générales :

  • Statut minéral et vitaminique de la population française. In : Carences nutritionnelles : étiologies et dépistage. Expertise Collective INSERM. Mars 1999.
  • Potier de Courcy G et al. L´alimentation des femmes enceintes parisiennes et lilloises. Cah Nutr Diét 1998;33(1):29-40.
  • Hercberg S et al. Apports nutritionnels d´un échantillon représentatif de la population du Val-de-Marne : les apports en minéraux et vitamines. Rev Epidém Santé Publ 1991;39:245-261.

 

Date de publication: 10/12/2012