Nutrition & pathologies

Prise en charge nutritionnelle des allergies alimentaires

Par Nestlé Nutri Pro ®

Allergies alimentaire, arachide

Les allergies alimentaires altèrent la qualité de vie des patients et les répercussions peuvent être multiples. De par leur prévalence, elles représentent un véritable problème de santé publique. La prévention primaire, qui vise à diminuer l’incidence de la maladie allergénique dans la population en diminuant le risque d’apparition de cas nouveaux, a été revue et est désormais mieux codifiée. Quant à la prise en charge, elle repose toujours en premier lieu sur l’éviction du ou des aliments identifiés, mais les régimes d’éviction sont désormais plus souples, adaptés à chaque situation, et altèrent peu ou moins, la qualité de vie des patients et de leur famille.

Prise en charge des allergies alimentaires

La prise en charge des allergies alimentaires repose sur deux grands types de traitements 1,2 :

  • le traitement préventif, reposant sur le régime d’éviction :

- fondamental pour les allergies vraies confirmées, il permet l’identification du ou des aliments responsables puis leur éviction du régime alimentaire

- tout régime d’éviction alimentaire doit être prescrit et contrôlé par un médecin s’aidant de documents publiés et de l’aide d’une diététicienne

  • le traitement du choc anaphylactique : une urgence médicale

- l’efficacité de son traitement repose sur la reconnaissance rapide de la symptomatologie et sur une prise en charge thérapeutique immédiate

- une prise en charge en milieu hospitalier est nécessaire

- l’adrénaline constitue le traitement de choix et est administrée par voie intramusculaire à des doses variables (0,15 à 0,25 mg chez l’enfant et 0,3 à 1mg chez l’adulte) à répéter en fonction de la sévérité et de l’évolution des signes de menace vitale (bronchospasme et collapsus vasculaire)

 

Prise en charge nutritionnelle : la mise en place du régime d’éviction

Autrefois strict et contraignant, le régime d’éviction a évolué. La prise en charge diététique de l’allergie alimentaire passe désormais par un régime d’éviction adapté à chaque situation, beaucoup moins lourd et altérant le moins possible la qualité de vie du patient. 3

Le régime d’éviction est à la base de la prise en charge de l’allergie alimentaire. Sa prescription nécessite toutefois un diagnostic certain. La décision de mettre en œuvre un régime d’éviction n’est pas anodine, en particulier chez les enfants dont l’alimentation doit être le plus possible diversifiée. Il ne peut être entrepris que dans les situations suivantes 4,5 :

  • choc anaphylactique à un aliment identifié avec mise en évidence de sensibilisation IgE dépendante prouvée par prick test et /ou RAST, OU
  • symptômes (syndrome oral et angio-œdème) à l´ingestion de fruits et de légumes de réactivité croisée connue avec pollens ou latex chez un sujet sensibilisé à ces allergènes, OU
  • sensibilisation IgE dépendante établie avec positivité du TPO au même aliment

 

La mise en place du régime d’éviction nécessite l’aide d’une diététicienne. L’éducation du patient et de sa famille sera axée sur 4 :

  • l’apprentissage des aliments à exclure
  • la connaissance des aliments de substitution et des produits alternatifs
  • la prévention des carences nutritionnelles
  • l’adaptation du régime (régime strict vs régime adapté)

 

Une règle d’or, formaliser le régime :

  • en remettant une liste écrite de tous les aliments permis et interdits. Le CICBAA propose dans ce but des documents standardisés et actualisés 
  • en complétant le document écrit par des explications orales, fournies conjointement par l’allergologue et la diététicienne

Que faire en plus du régime d’éviction ?

Certains éléments constituent, surtout chez l’enfant, des facteurs de gravité et doivent également être pris en compte 1 :

  • antécédents de réactions anaphylactiques
  • antécédents d’asthme instable ou mal contrôlé
  • allergie à l’arachide, aux noix et aux noisettes, poissons et crustacés

 

En-dehors du régime d’éviction, d’autres traitements peuvent parfois être proposés. Ils reposent sur des molécules anti-allergiques comme le cromoglycate oral.1 Le cromoglycate de sodium oral n’est qu’un traitement d’appoint, indiqué :

  • lorsque l´allergène ne peut être évité
  • lorsque les troubles persistent malgré l’éviction d’un allergène reconnu

 

Les traitements reposant sur la désensibilisation spécifique restent quant à eux du domaine de quelques services spécifiques. 1

Le risque des allergènes « cachés » : une cause d’échec du régime d’éviction

La consommation d’un allergène « caché » dans l’alimentation peut être responsable de la persistance des symptômes d’allergie alimentaire. Elle peut aussi déclencher la manifestation la plus sévère de l’allergie : le choc anaphylactique.

L’étiquetage des aliments

L’étiquetage de tout allergène présent ou susceptible de l’être dans un produit alimentaire est obligatoire. 

La liste de ces allergènes à déclaration obligatoire est périodiquement mise à jour en fonction des connaissances scientifiques 6,7 :

  • les céréales contenant du gluten
  • les crustacés et produits à base de crustacés
  • les œufs et produits à base d’œufs
  • les poissons et produits à base de poissons
  • les arachides et produits à base d'arachides
  • le soja et produits à base de soja
  • le lait et produits à base de lait (y compris le lactose)
  • les fruits à coques
  • le céleri et produits à base de céleri
  • la moutarde et produits à base de moutarde
  • les graines de sésame et produits à base de graines de sésame
  • l’anhydride sulfureux et sulfites en concentration de plus de 10 mg/kg ou 10 mg/L (exprimés en SO2)
  • le lupin et produits à base de lupin
  • les mollusques et produits à base de mollusques

Recommandations relatives aux allergies alimentaires des enfants scolarisés 8

Il convient que tout enfant ayant, du fait de problèmes médicaux, besoin d’un régime alimentaire particulier, défini dans le projet d’accueil individualisé (PAI), puisse profiter des services de restauration collective (établissements d’accueil de la petite enfance, écoles maternelles ou élémentaires, collèges, etc.) selon les modalités suivantes :

  • soit les services de restauration fournissent des repas adaptés au régime particulier en application des recommandations du médecin prescripteur ;
  • soit l’enfant consomme, dans les lieux prévus pour la restauration collective, les repas fournis par les parents, suivant les modalités définies dans le PAI respectant les règles d’hygiène et de sécurité.

 

Article

Ces travaux américains se sont appuyés sur les dossiers médicaux de plus de 2,7 millions de patients. Au total, 97 500 personnes ont été identifiées comme souffrant d’allergies alimentaires ou intolérantes à au moins une substance, soit 3,6 % de la population étudiée.

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Prévention primaire de l’allergie alimentaire chez l’enfant à risque : un véritable enjeu de Santé Publique

La prévention primaire de l’allergie alimentaire de l’enfant est fondamentale en raison :

  • de la fréquence croissante de la maladie, qui a doublé depuis 5 ans
  • de son évolution possible vers un syndrome d’allergies multiples

Cible prioritaire : les enfants à « haut risque allergique » 9

Les mesures de prévention s’adressent en particulier aux enfants à risque, c'est-à-dire les enfants issus de familles atopiques. L’atopie étant définie par l’existence d’une manifestation allergique (asthme, rhinite allergique, dermatite atopique ou allergie alimentaire) chez un parent ou membre de la famille du premier degré (mère, père, frère et sœur).

Un programme préventif « global »

Les recommandations pour la prévention primaire de l’allergie alimentaire ont évolué depuis quelques années. Le développement d’une allergie correspond à une perte de tolérance vis-à-vis d’un allergène. S’il existe bien des sensibilisations in utero, elles ne sont que transitoires. Face à ces constatations il en résulte que la prévention primaire de l’allergie passe plus par l’acquisition de la tolérance que par la réduction de la charge allergique. 10

La prévention primaire auprès des enfants à risque associe ainsi différentes mesures 2,11 :

  • au cours de la grossesse : aucun régime d’éviction à l’exclusion de l’arachide

- Des études ont montré la possibilité du passage des allergènes alimentaires à travers le placenta et le lait maternel. Les données épidémiologiques pourraient conduire à proposer systématiquement à toutes les femmes allaitantes dont l’enfant est à risque d’allergie l’exclusion des allergènes les plus fréquents. Toutefois, l’exclusion de l’œuf, du lait de vache et du poisson pourrait poser des problèmes nutritionnels à la mère et à l’enfant, surtout si l’expérience de la mère la pousse à décider des exclusions supplémentaires, comme la viande, etc.

  • au cours de l’allaitement :

- allaitement au sein exclusif recommandé jusqu’à 6 mois

- éviction systématique de l’arachide (autres exclusions discutées au cas par cas)

- en cas d’allaitement mixte ou d’allaitement avec des laits infantiles, il est préférable d’utiliser un lait hypoallergénique (HA) pendant au moins 6 mois. Les laits « HA » sont des laits à protéines partiellement hydrolysées dont l’effet préventif a été montré dans certaines études, sous réserve qu’ils soient utilisés chez des enfants à risque pendant une durée d’au moins 6 mois et de façon exclusive, c’est-à-dire sans diversification alimentaire concomitante. Les formules extensivement hydrolysées habituellement réservées au traitement des allergies avérées aux protéines du lait de vache peuvent parfois être utilisées, notamment lorsqu’il existe des antécédents familiaux (parents ou fratrie) d’allergie aux protéines du lait de vache. Ces différentes formules, disponibles uniquement en pharmacie en France, doivent être données sur avis médical.

- éviter les préparations à base de protéines de soja avant 6 mois. Le soja pouvant lui-même être responsable d’allergies.

  • diversification alimentaire retardée :

- aucun aliment introduit (autre que le lait) avant 6 mois révolus.

- chez les enfants de familles allergiques, certains aliments méritent une mention spéciale, en raison d’un pouvoir allergénique particulier.

- Chez l’enfant à risque l’âge d’introduction recommandé est :

> kiwis et céleri : après 1 an ;

> gluten : pas de distinction avec les autres aliments en termes d’âge d’introduction. Attention : il faut distinguer l’allergie au blé, qui évolue comme une allergie alimentaire, de la maladie coeliaque ou intolérance au gluten ;

> poissons et crustacés : après 1 an ;

> œufs : après 1 an (après 6 mois pour les enfants non à risque) ;

> noix, noisettes, amandes et produits qui contiennent de l’arachide : après 3 ans (après 1 an pour les enfants non à risque).

 

À retenir

Sept règles d’or pour les patients

  1. Supprimer totalement les aliments qui lui ont été interdits
  2. Bien lire la composition des produits achetés, en sachant que pour un même type de produit, la liste des ingrédients peut varier d’un fabricant à l’autre
  3. Garder les étiquettes des aliments qui ont entraîné de façon inattendue des symptômes
  4. Se méfier des allergènes cachés
  5. Avoir toujours sur soi une trousse d’urgence comprenant un corticoïde, un antihistaminique et de l’adrénaline
  6. Ne pas tenter de son propre chef une réintroduction des aliments exclus
  7. Dans le doute, s’abstenir de consommer un aliment

 

L’adhésion à des associations de malades ou de médecins peut également être encouragée. En France, on peut citer des structures telles que l’AFPRAL (Association française pour la prévention des allergies), l’AFPADA (Association française des personnes atteintes de dermatite atopique), l’Association française des polyallergique ou encore SOS Allergies.  Des associations de médecins cliniciens existent également. Les médecins allergologues se réunissent principalement au sein du Cercle d’investigations cliniques et biologiques en allergologie alimentaire (CICBAA) pour aborder des aspects cliniques et thérapeutiques de la maladie. Ces associations centralisent et diffusent certaines informations médicales.

 

Pour en savoir plus

  • Association Française pour la Prévention des Allergies, AFPRAL
  • SOS allergies 
  • Cercle d'Investigations Cliniques et Biologiques en Allergologie Alimentaire, CICBAA

 

Sources

  1. Rancé F et al. La prévention primaire des maladies allergiques : le point de vue des pédiatres allergologues. Revue Française d’Allergologie 2009 ;49 :21-24.
  2. Rancé F. Les mesures actuelles pour la prévention primaire des allergies chez l’enfant. Archives de pédiatrie 2009 ;16 :876-877.
  3. Bulletin officiel N° 34 du 18 septembre 2003. Relatif à l’accueil en collectivité des enfants et des adolescents atteints de trouble de la santé évoluant sur une longue période
  4. Afssa. Allergies alimentaires et étiquetage de précaution. Novembre 2008
  5. DGCCRF. Allergènes alimentaires. Liste des allergènes. Disponible sur le site http://www.economie.gouv.fr/dgccrf/Allergene-alimentaire
  6. Moneret-Vautrin DA et al. La diététique thérapeutique des allergies alimentaires. Rev Fr Allergol 1999;39:325-338.
  7. Santos C et al. Les régimes d’éviction : indications et modalités. Archives depédiatrie 2009;16:878-879.
  8. Bidat E. Comment adapter le régime d’éviction avec le bilan allergologique. Revue Française d’Allergologie 2009 ;49 :112-115.
  9. PNNS. Allergies alimentaires. Connaissances, clinique et prévention. Janvier 2004.
  10. Afssa. Allergies alimentaires : état des lieux et propositions d’orientation. Janvier 2002.
  11. Chouraqui JP et al. Alimentation des premiers mois de vie et prévention de l’allergie. Archives de Pédiatrie 2008;15:431-442.

 

Date de publication: 10/12/2012