Nutrition & pathologies

Un aperçu sur les allergies alimentaires

Par Nestlé Nutri Pro ®

Allergies alimentaire, arachide

Depuis quelques années, l’évolution des modes de vie et la disponibilité pour le plus grand nombre d’aliments en provenance de pays lointains contribuent à la dissémination de nouveaux allergènes. Le phénomène allergique constitue un groupe de maladies plus ou moins invalidant, dont la prévalence est croissante en France. Une approche préventive de l’allergie alimentaire est indispensable pour éviter les manifestations parfois graves de cette maladie.

Les allergies alimentaires, définitions et mécanismes

Allergies alimentaires, intolérances et pseudo-allergies, quelles différences ? 1

La maladie allergique se définit par l’ensemble des manifestations cliniques liée à un mécanisme immunologique et de spécificité de l’agent de provocation : l’allergène.

Dans le cadre d’une allergie alimentaire, les manifestations cliniques sont déclenchées par l’ingestion d’un allergène alimentaire : un trophallergène, et impliquent une réaction immunologique.

Il faut bien faire la distinction avec la pseudo-allergie alimentaire (ou fausse allergie) et les intolérances, qui ne font pas intervenir de mécanismes immuno-allergiques. Parmi celles-ci on peut citer notamment l’intolérance au lactose par déficit enzymatique en lactase ou les manifestations liées à la présence d’histamine ou de substances histamino-libératrices dans les aliments.

Plusieurs mécanismes immunologiques peuvent être impliqués dans les allergies alimentaires :

  • hypersensibilité de type I : immédiate, à médiation IgE
  • hypersensibilité de type II : cytotoxique et cytolytique
  • hypersensibilité de type III : semi-tardive, à complexes immuns
  • hypersensibilité de type IV : retardée, à médiation cellulaire

 

L’allergie alimentaire de type I, un mécanisme en deux étapes 1

L’hypersensibilité de type I est la plus fréquentes des réactions allergiques alimentaires. Cette réaction s’effectue classiquement en deux étapes :

Première étape de sensibilisation :

  • production d’IgE spécifiques en réponse à un premier contact de l’allergène avec le système immunitaire
  • répartition de ces IgE spécifiques dans l’ensemble de l’organisme
  • fixation sur des cellules cibles de la peau et des muqueuses et sur des cellules cibles circulantes

 

Seconde étape de réaction allergique :

  • pontage des IgE spécifique en réponse à un second contact avec l’allergène
  • activation des mastocytes et basophiles
  • libération de médiateurs chimiques (histamine), autres médiateurs et cytokines pro-inflammatoires
  • déclenchement de manifestations allergiques cliniques

La réponse immuno-allergique se déclenche très rapidement après l’ingestion des aliments contenant le ou les allergènes (réaction d’hypersensibilité immédiate).

 

Les allergies croisées, un phénomène fréquent 1,2

Plusieurs aliments et allergènes alimentaires sont connus pour donner des réactions d’hypersensibilité croisées avec d’autres aliments ou avec des allergènes non alimentaires. Ces allergies croisées correspondent à des manifestations cliniques allergiques, dues à des allergènes différents sans qu’il y ait eu au préalable un premier contact sensibilisant avec chacun de ces allergènes. Ce phénomène permet aussi de mieux comprendre pourquoi une nouvelle allergie peut commencer à tout âge.

Les allergies croisées les plus connues sont :

  • Les allergies aliment-aliment :

- lait de vache et viandes

- lait de vache et laits de chèvre, de brebis ou de jument

- arachide et soja, petits pois et lentilles

- épices et céleri

  • Les allergies aliment - pollen :

- pomme, cerise, pêche, abricot, noisette (rosacées) et pollen de bouleau

- céleri, fenouil, carotte, coriandre, persil (ombellifères) et pollen de bouleau

- tomate et pollens de graminées

- céleri et pollen d’armoise

- melon, banane et pollen d’ambroisie

  • Les allergies aliment - latex (sont incriminés dans 18 % des cas d’allergie alimentaire) :

- avocat

- kiwi

- banane

- châtaigne

- melon

- noix

- fraise

- figue

- cerise

En pratique, la connaissance des réactions d’hypersensibilité croisées peut :

  • aider au diagnostic d’une allergie alimentaire
  • permettre de comprendre l’échec d’un régime d’éviction

 

Épidémiologie : bien distinguer, allergie alimentaire de l’enfant et de l’adulte

En France, la prévalence des allergies alimentaires est estimée à 3,24 % de la population générale. Si elle peut apparaître à tout âge, l’allergie alimentaire reste plus fréquente chez l’enfant avec une prévalence estimée à 8 % de la population pédiatrique française si l’on prend en compte la dermatite atopique. 1

Le diagnostic de plus en plus fréquent d’allergie alimentaire peut être expliqué de plusieurs manières 1 :

  • une vigilance accrue des professionnels de santé, qui détectent de plus en plus les allergies alimentaires
  • des modifications environnementales, avec une exposition précoce des nourrissons à une grande variété d’allergènes
  • des modifications de l’allergénicité des aliments pendant leur transformation industrielle

 

Les allergènes alimentaires les plus fréquents

D’après l’expérience du Cercle d’Investigations Cliniques et Biologiques en Allergologie Alimentaire (CICBAA).

 

- Chez l’enfant

Les 5 allergènes les plus fréquemment impliqués dans l’allergie alimentaire de l’enfant représentent 75 %  de toutes les allergies 1,2 :

  • l’œuf : 34 % des cas
  • l’arachide : 25 % des cas
  • le lait de vache : 8 % des cas
  • la morue et autres poissons : 5 % des cas
  • les noix diverses : 3 % des cas

(Statistiques établies à partir de 707 enfants allergiques alimentaires âgés de moins de 15 ans)

Un second groupe d’allergène représenterait, dans son ensemble, près de 10 % des allergies alimentaires. Il comprend : la noisette, le kiwi, le blé, la crevette, le bœuf, les pois et lentilles, le soja, la farine de lupin (utilisée en alimentation humaine pour son rôle exhausteur de goût).

 

- Chez l’adulte

La répartition des allergènes alimentaires chez l’adulte est bien différente de celle de l’enfant, les allergènes d’origine végétale y occupent une place importante alors que les allergènes d’origine animale sont minoritaires.
Les 5 allergènes les plus fréquemment impliqués 1,2 :

  • les fruits du groupe latex (kiwi, banane, avocat, châtaigne...) : 14 % des cas
  • les Rosacées (abricot, cerise, pomme, poire, prune...) : 13 % des cas
  • les Ombellifères (carotte, aneth, céleri, fenouil...) : 9,5 % des cas
  • les fruits secs oléagineux : 9,5 % des cas
  • l’arachide : 4,5 % des cas

(Statistiques établies à partir de 196 adultes allergiques alimentaires âgés de plus de 15 ans)

La fréquence des allergies à la pomme, à la noisette et au céleri, fruits appartenant à la famille des rosacées, est le reflet des associations d’allergies alimentaire et pollinique qui augmentent avec l’âge.

L’œuf, allergène principal chez l’enfant, est, plus que n’importe quel autre allergène, très représenté dans les produits alimentaires industriels en tant qu’ingrédient ou additif, il convient d’être vigilant via une lecture attentive de l’étiquette. 1

L’arachide, présente dans de nombreux aliments, constitue un allergène masqué. C’est un des allergènes les plus dangereux, les réactions allergiques à l’arachide sont graves : dermatite atopique (40 %), œdème de Quincke (37 %), asthme (14 %), choc anaphylactique (6 %) et symptômes digestifs (1,4 %), et le nombre de cas signalés est de plus en plus fréquent. 1

 

Les symptômes de l’allergie alimentaire 

Les manifestations cliniques d’appel 1,2

Les manifestations allergiques secondaires à la prise alimentaire sont très diverses et en aucun cas spécifiques. On peut citer parmi les manifestations reconnues et évoquées : les réactions généralisées dites anaphylactiques, les manifestations oro-pharyngées (du simple œdème des lèvres au syndrome oral de Lessof), les manifestations gastro-intestinales (épigastralgies, nausées et vomissements, douleurs abdominales, épisodes diarrhéiques), les manifestations respiratoires (asthme bronchique), les manifestations cutanéo-muqueuses (urticaire, dermatite atopique, œdème de Quincke...).

 

Chez l’enfant : une dermatite atopique dans un cas sur deux

Manifestations cliniques chez 544 enfants de 1 mois à 15 ans :

  • dermatite atopique 50,5 %
  • urticaire, œdème 30,9 %
  • asthme 8,6 %
  • choc anaphylactique 4, 9 %
  • signes digestifs (vomissements, diarrhée, douleurs abdominales) 2 %
  • syndrome oral (prurit du palais, des muqueuses buccales et pharyngée ± œdème) 1,4 %
  • rhino-conjonctivite 0,3 %

 

Chez l’adulte : des symptômes plus sévères

Manifestations cliniques chez 159 adultes de plus de 15 ans :

  • urticaire, œdème  42,1 %
  • choc anaphylactique 24,5 %
  • syndrome oral (prurit du palais, des muqueuses buccale et pharyngée ± œdème) 14,4 %
  • asthme 7,5 %
  • dermatite atopique  3,7 %
  • signes digestifs (vomissements, diarrhée, douleurs abdominales) 3,7 %
  • rhino-conjonctivite 1 ,8 %

 

Diagnostic d’une allergie alimentaire de type I 1,2

L’interrogatoire et l’enquête alimentaires : à mener de façon minutieuse

L’interrogatoire alimentaire constitue la partie la plus importante de l’enquête allergologique proprement dite. Cet interrogatoire a pour objectif de préciser avec rigueur les manifestations pathologiques et leurs relations éventuelles avec l’alimentation.

Il porte généralement sur les conditions de survenue des réactions :

  • aliments ingérés dans les 2 heures précédant une réaction de type immédiat
  • activités physiques
  • aliments quotidiennement consommés...

 

L’interrogatoire doit généralement être complété par une enquête alimentaire (une semaine) pendant laquelle le patient note au jour le jour l’ensemble de ses consommations, conserve les étiquettes correspondantes et note les réactions allergiques dans un journal alimentaire.

Cette enquête peut orienter vers de fausses allergies alimentaires (régime trop riche en histamine par exemple), allergènes masqués. Elle contribue à vérifier l’équilibre nutritionnel du patient.

L’examen clinique

Il permet d’effectuer un bilan staturo-pondéral, de préciser l’intégrité des organes cibles, et de déterminer éventuellement les examens para cliniques nécessaires (examens à visée respiratoire, digestive...).

Le bilan cutané : les prick tests

Ce test peut se réaliser dans un centre spécialisé, vous pouvez y adresse votre patient. Cette technique consiste en une poncture épidermique à travers une goutte d’allergène déposée sur la peau du patient. Le test est considéré comme positif lorsque la papule mesure 3 mm ou plus et est associée à un érythème périphérique. L’interprétation peut être difficile, voire impossible en cas de traitement concomitant par les antihistaminiques.

Ce bilan cutané est indispensable mais ne permet pas de différencier la sensibilisation de l’allergie.

  • En cas de test positif, ce dernier doit être confirmé par un test de provocation orale ou par une épreuve d’éviction.
  • Un test négatif n’exclut pas une allergie alimentaire :

- la qualité de l’extrait allergénique peut être imparfaite

- les mastocytes peuvent ne pas être sensibilisés par des IgE

Les examens biologiques

Cette étape consiste à doser les IgE sériques spécifiques d’allergènes (méthode RAST). Ce test permet de diagnostiquer une sensibilisation IgE dépendante de manière plus sensible que les prick tests. On accorde actuellement beaucoup d’importance à la valeur quantitative du taux d’IgE spécifiques pour 4 aliments : le lait, l’œuf, le poisson et l’arachide. Dans chaque cas, le dosage des IgE spécifiques, s’il est supérieur à une valeur seuil donnée (dépendante de chaque aliment), a une VPP de 95 %, c’est à dire que le patient a 95 « chances » sur 100 d’être allergique à l’aliment testé.

Par exemple pour le lait, pour obtenir une VPP > 95 %, le taux d’IgE devra être supérieur à 32 UI/ml (technique CAP SystemR) ; pour l’arachide, ce seuil correspond à 15 UI/ml. Si les taux d’IgE sont inférieurs à ces valeurs seuils, on procédera à un test de provocation oral ou à un test d’éviction.

Les tests de provocation : des tests dangereux réservés à des services spécialisés

Parce qu’ils sont potentiellement dangereux, ces tests doivent être effectués en milieu hospitalier et sont contre-indiqués si l’allergie alimentaire d’un sujet s’est révélée par une anaphylaxie aiguë.

Ces tests sont les seuls à pouvoir rendre compte d’une réelle allergie alimentaire et de la différencier d’une simple sensibilisation. L’objectif de ces tests est de reproduire les manifestations allergiques en évitant toutefois le déclenchement d’une réaction grave. Ces méthodes présentent donc des risques potentiels de réaction. C’est pourquoi elles ne sont pas pratiquées lorsque les autres éléments (manifestations cliniques, test cutané, dosage des IgE) sont suffisants pour diagnostiquer l’allergie et préciser l’aliment incriminé.

  • Test labial (ou test de provocation labial) : test de contact de l’aliment au niveau des lèvres. 5 stades de positivité ont été décrits :

- stade 1 : déplissement de la lèvre inférieur

- stade 2 : plaques d’érythème sur la lèvre

- stade 3 : urticaire de la joue ou du menton

- stade 4 : œdème gagnant la joue, rhinite, larmoiement

- stade 5 : réactions systémiques avec rash à distance sur lésions d’eczéma, toux ou symptômes digestifs

  • Test de provocation oral (TPO) : consiste en l’ingestion des aliments suspects en simple ou double aveugle. Il permet de reproduire l’ensemble de la réaction allergique et d’estimer les doses réactogènes chez le malade. Un test est considéré comme positif lorsque les symptômes ont été observés de quelques minutes à quelques heures (parfois 48 h) après l’ingestion de l’aliment. Répété régulièrement (tous les ans par exemple), il permet de suivre l’évolution de l’allergie alimentaire (seul moyen actuel de porter le diagnostic de guérison).

 

Arbre décisionnel de diagnostic d’une allergie alimentaire IgE-dépendante 1

La Valeur Prédictive Positive (VPP) d’un test mesure la capacité du test à isoler les sujets malades (Vrais Positifs ou VP) parmi les sujets dont le résultat au test est positif (Vrais Positifs + Faux Positifs, VP + FP).

La Valeur Prédictive Négative (VPN) mesure la capacité d’un test à isoler les sujets sains (Vrais Négatifs ou VN) parmi les sujets dont le résultat au test est négatif (Vrais Négatifs + Faux Négatifs, VN + FN).

 

Pour en savoir plus

 

Sources

  1. PNNS. Allergies alimentaires. Connaissances, clinique et prévention. Janvier 2004.
  2. Afssa. Allergies alimentaires : état des lieux et propositions d’orientation. Janvier 2002.

 

Autres sources générales

  • Moneret-Vautrin DA et al. La diététique thérapeutique des allergies alimentaires. Rev Fr Allergol 1999;39:325-338.
  • Dutau G. Allergies alimentaires et alternatives diagnostiques : test de provocation labial, test de provocation oral. Rev Fr Allergol 2000;40:728-741.
  • Rancé F et al. Aspects cliniques de l’allergie alimentaire. Rev Fr Allergol 1998;38:900-905.
  • Moneret-Vautrin DA. Atopie et allergies alimentaires. Rev Fr Allergol 1999;40:465-472.

 

Date de publication: 10/12/2012