Nutrition & pathologies

Hypertriglycéridémie et consommation d'acides gras


Hypertriglycéridémie, acides gras

Cette étude en cross-over explore l’effet de la consommation de repas plus ou moins riches en acides gras saturés ou monoinsaturés sur la lipidémie postprandiale, la glycémie et la sécrétion d’insuline chez des sujets présentant une hypertriglycéridémie à jeun.

L’hypertriglycéridémie à jeun est l’un des facteurs de risque du syndrome métabolique. Les auteurs ont voulu analyser les effets de la consommation de repas plus ou moins riches en acides gras saturés ou monoinsaturés sur la lipidémie postprandiale, la glycémie et la sécrétion d’insuline, ainsi que sur le fonctionnement des cellules β et la sensibilité à l’insuline postprandiale chez des sujets présentant une hypertriglycéridémie à jeun.

Pour cela ils ont recruté 14 patients présentant une hyperlipoprotéinémie de type IIB ou IV (hypertriglycéridémie à jeun > 200 mg/dL). L’âge moyen était de 33 ans et l’IMC moyen de 24,2. Le test de tolérance au glucose était normal. Les critères d’exclusion comprenaient : une maladie cardiovasculaire connue, une insuffisance rénale ou hépatique, un hypothyroïdisme.

Deux repas (apport énergétique moyen : 800 Kcal, 72% de lipides, 22% de glucides et 6% de protéines) étaient proposés à un intervalle d’une semaine. Ils étaient composés de pâtes, d’une tranche de pain complet, d’un yaourt écrémé, et d’un apport soit d’huile d’olive, soit de beurre. La composition en acides gras (AG) était de :

  • 14,9% d’AG saturés, 81% d’AG monoinsaturés et 4,1% d’AG polyinsaturés pour les repas enrichis en huile d’olive ;
  • 65,3% d’AG saturés, 31,3% d’AG monoinsaturés et 3,4% d’AG polyinsaturés pour les repas enrichis en beurre.

Les patients consommaient également un 3e repas, contenant les mêmes aliments mais sans graisses (« repas contrôle »).

Des tests sanguins étaient réalisés à l’inclusion (après 12 heures de jeûne), puis après chaque repas (à chaque heure pendant 8h). Aucune différence significative n’a été relevée entre les patients avant chacun des 3 repas.

Les résultats sur la glycémie, l’insulinémie et la triglycéridémie sont résumés dans le tableau ci-dessous.

 

Glycémie (mmol/L) à 60 min

Insulinémie (pmol/L) à 60 min

Triglycéridémie (mmol/L) à 120 min

Repas riche en AG monoinsaturés

7,31 ± 0,59

264 ± 25 *

6,55 ± 0,67 *

Repas riche en AG saturés

7,51 ± 0,24

503 ± 45 *

7,06 ± 0,82 *

Repas contrôle

6,96 ± 0,94

186 ± 26

4,46 ± 0,73

* différence significative avec le repas contrôle (p<0,05)

 

Les 3 repas ont enclenché la même réponse glycémique. Cependant, les 2 repas riches en lipides ont entraîné une libération d’insuline à 60 min et un taux de triglycérides dans le sang à 120 min significativement plus importants que pour le repas sans lipides. L’augmentation de l’insulinémie est significativement plus basse pour le repas riche en AG monoinsaturés par rapport au repas riche en AG saturés.

A 360 minutes, les taux d’AG libres étaient significativement plus élevés pour le repas riche en AG saturés (0,79 ± 0,06 mmol/L) que pour les deux autres : repas riche en AG monoinsaturés (0,50 ± 0,05 mmol/L) et repas contrôle (0,53 ± 0,04 mmol/L) (p < 0,05).

Enfin, avant chaque repas, tous les sujets avaient la même activité des cellules β, ainsi que la même sensibilité à l’insuline. Les estimations de la fonction postprandiale des cellules β étaient plus élevées (p < 0,05) après les repas riches en lipides qu’après le repas contrôle. Ces estimations ont également été significativement supérieures suite aux repas riches en AG saturés que suite aux repas riches en AG monoinsaturés (p < 0,05). Quant à la sensibilité à l’insuline postprandiale, celle-ci était plus basse (p < 0,05) après les repas riches en lipides qu’après les repas sans lipides et plus basse après les repas riches en AG saturés qu’après les repas riches en AG monoinsaturés (p < 0,05).

 

Ce qu’il faut retenir :

Les AG monoinsaturés entraînent une meilleure réponse insulinémique et lipémique et limitent l’hyperactivité des cellules β et l’intolérance à l’insuline par rapport aux AG saturés, chez les sujets présentant une hyperglycéridémie à jeun. Ces résultats suggèrent que, contrairement aux AG saturés, les AG monoinsaturés pourraient apporter des bénéfices cardiovasculaires chez les personnes à risque.

 

Lopez S et al. Effects of meals rich in either monounsaturated or saturated fat on lipid concentrations and on insulin secretion and action in subjects with high fasting triglyceride concentrations. Am J Clin Nutr. 2011 ; 93 (3) : 494-9. 

 

Date de publication : 23/11/2015