Nutrition & pathologies

Estime de soi et insatisfaction corporelle dans la prise en charge des patients boulimiques


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L’obésité est considérée comme un enjeu majeur de santé publique. L’objectif de cette étude est de mesurer les effets des traitements médicaux et de la prise en charge psychologique sur l’estime de soi et l’insatisfaction corporelle des patients boulimiques.

En raison du rejet social induit par l’obésité, les sujets obèses boulimiques se plaignent d’insatisfaction corporelle. Selon eux, ce sentiment vécu avec honte serait à l’origine d’une mauvaise estime d’eux-mêmes. Une étude a été menée entre 2007 et 2010 auprès de 41 patients obèses boulimiques âgés de 18 à 54 ans, scindés en 2 groupes : un groupe de sujets postulant pour une chirurgie de l’obésité « by-pass », et un groupe de sujets se présentant en centre d’addiction pour troubles boulimiques. Le protocole a consisté à mesurer, à l’aide de questionnaires appropriés, l’estime de soi (SEI) ainsi que l’insatisfaction corporelle (EDI) avant et 2 ans après une intervention thérapeutique par by-pass et thérapie cognitive et comportementale (TCC).

 

Les résultats pour chacun des groupes ont été les suivants :

 

 

Groupe by-pass (4 hommes et 17 femmes)

Avant by-pass

Après by-pass

Variation de poids

-

-18 kg

-

-26 kg

Score moyen SEI*

12.3

11.7

10.4

10.3

Score moyen EDI**

19.5

9

20.2

9.2

 

 

Groupe TCC (2 hommes et 18 femmes)

Avant TCC

Après TCC

Variation de poids

-

-5.5 kg

-

-9 kg

Score moyen SEI*

9.5

7.5

12.2

11.9

Score moyen EDI**

13

9.5

17.2

12.4

*Un score entre 15 et 25 est considéré comme normal. Un score inférieur à 15 est considéré comme une mauvaise estime de soi

**Un faible score indique une bonne satisfaction corporelle

 

La prise en charge par by-pass entraîne une perte de poids relativement importante. Les thérapies cognitives et comportementales permettent également aux patients de perdre du poids même si en moyenne le nombre de kilos perdus est moins important. Que ce soit par by-pass ou TCC, l’insatisfaction corporelle (score EDI) est nettement améliorée par la perte de poids, en revanche, l’estime de soi (score SEI) est restée inchangée, voire s’est aggravée. Ainsi, dans les troubles boulimiques, la mauvaise estime de soi n’est pas directement reliée à l’insatisfaction corporelle après une perte de poids.

 

Ce qu’il faut retenir 

 

L’estime de soi n’est pas améliorée par une perte de poids. Malgré le discours rationnel et convaincant d’une honte ressentie par le sujet en raison de son obésité et du rejet social qu’elle induit, cette étude met en lumière le fait que ce vécu d’indignité n’est pas forcément un symptôme secondaire à l’obésité. En effet, la honte serait à l’origine même des troubles alimentaires. La prise en compte de ce paramètre peut être un levier pour éviter les rechutes et échec, post- « by-pass » et lors de suivis ambulatoires en centre d’addiction.

 

Karcher B, Cherikh F. Estime de soi et insatisfaction corporelle dans la prise en charge médicale et psychologique des patients boulimiques. Annales Médico-psychologiques, revue psychiatrique 2015 ; 173 : 675-680

 

Date de publication : 27/07/2016