Nutrition & pathologies

Un sommeil trop court fait-il grossir ?


Des études épidémiologiques ont montré qu’un temps de sommeil trop court (< 6 h) est associé à une augmentation du poids. Restait à déceler les modifications du comportement alimentaire favorisant cette surcharge pondérale.

Participent 11 sujets (5 femmes et 6 hommes) ayant en moyenne 39 ans, un poids de 75,8 kg, un BMI de 26,5 et un temps de sommeil de 7 heures 35.

Ont été exclus les sujets ayant des problèmes de sommeil, les travailleurs de nuit, les sujets dépressifs, les fumeurs et les consommateurs excessifs d’alcool (> 14 verres/semaine) ou de caféine (> 300 mg/j). Sont écartés également, les personnes prenant des hypnotiques ou des médicaments agissant sur le métabolisme. Les femmes choisies ne sont pas enceintes et les 14 jours d’étude portent sur la 1ère partie de leur cycle menstruel.

L’étude régionale est faite par les chercheurs des Universités de Chicago et du Wisconsin.

 

Modalités d’étude

Les sujets restent au laboratoire jour et nuit, avec un accès illimité à une nourriture agréable. Ils sont randomisés pour rester au lit par périodes de 14 jours, soit 5h30 heures, soit 8 h30. Sont étudiés : l’ingesta calorique provenant des repas et du grignotage, la dépense énergétique et l’évolution sur 24 heures des sécrétions de leptine et de ghréline.

6 sujets commencent par 5 h30 de lit et 5 sujets par 8 h30, puis ils permutent cette durée.

Les 2 jours précédant et suivant les 2 semaines d’étude, ils passent 48 h au lit, au laboratoire, où ils dorment 7 heures/nuit, et reçoivent un apport calorique précis. Sont alors réalisés divers dosages sanguins.

Lors des périodes de veille, les sujets ont accès à la lecture, aux jeux vidéo, au téléphone, à la télévision et à Internet. Ils sortent marcher 30 minutes par jour.

Les sujets qui passent 5h30 au lit dorment en moyenne 5,11 h et ceux qui y restent 8h30 ont en moyenne 7,13 h de sommeil. 

 

Bilan calorique

Chaque jour les sujets reçoivent 3 repas et ont à disposition des aliments de « snacking » salés et sucrés et des boissons (eau, lait, jus de fruits, sodas).

La dépense énergétique est calculée par ingestion d’eau marquée.

 

Résultats énergétiques

 

8,5 h de lit

5,5 h de lit

Temps de sommeil (h)

7,13 +/- 0,26

5,11 +/- 0,07

Ingesta calorique des repas (kcal/j)

2536 +/- 943

   2611 +/- 873

Ingesta calorique par snacking (kcal/j)

866 +/- 365

1087 +/- 541 *

Energie totale ingérée (kcal/j)

3402 +/- 974

  3699 +/- 903  **

Dépense énergétique totale (kcal/j)

2390 +/- 369

   2526 +/- 537

Balance énergétique (kcal/j)

1012 +/- 744

   1173 +/- 764

Prise de poids (kg)

2,1 +/- 2,1

1,9 +/-1,6

Augmentation de la masse grasse (kg)

1,5 +/- 1,0

1,7 +/- 0,8

* p = 0,026    ** p < 0,01

 

Chez les sujets allongés 5 h30, le sommeil est diminué de 122 +/- 22 minutes.

L’apport calorique lors des repas n’est pas différent dans les 2 groupes.

Par contre, dans le groupe avec peu de sommeil, l’apport énergétique venant des snacks est augmenté de façon statistiquement significative (p = 0,026).

Ces modifications ne s’accompagnent pas d’un changement de dépense énergétique et dans ces 2 groupes, il n’y a pas différence des taux sériques de ghréline et de leptine.

 

En conclusion

Dans un environnement favorisant grignotage et inactivité, la restriction de sommeil s’accompagne d’une ingestion calorique accrue par grignotage et non pas lors d’une consommation supérieure lors des repas.

 

Ce point est important à connaître, quand on sait que les Français dorment de moins en moins. L’Institut National du Sommeil et de la Vigilance (INSV) dans un sondage BVA réalisé en janvier 2009 a montré que 33 % des français (et plus particulièrement les plus de 35 ans) dorment moins de 6 heures/nuit en semaine. En 50 ans, la réduction du temps quotidien de sommeil a été diminué de 1 heure 30…

 

A.V. Nedeltcheva and al.  Sleep curtailment is accompagned by increased intake of calories from snacks. Amer J Clin Nutr. 2009, 89: 126-33

 

Date de publication: 10/12/2012