Les données de la cohorte NutriNet-Santé recueillies pendant le premier confinement lié à l’épidémie de Covid-19 révèle une forte dégradation des habitudes alimentaires chez plus d’un tiers des sujets ainsi qu’une augmentation importante de la sédentarité. Des comportements qui, s’ils devaient être maintenus pourraient augmenter le risque de pathologies chroniques.

L’équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle (EREN) a interrogé 37 000 participants de la cohorte NutriNet-Santé sur leur alimentation et leur activité physique au cours de la période de confinement liée à l’épidémie COVID-19.

Les modes de vie des Français ont été profondément affectés par le confinement, avec une variété de situations selon la position sociodémographique, économique et le lieu de vie. C’est pourquoi les chercheurs ont jugé utile de connaître les effets du confinement sur les habitudes alimentaires et l’activité physique des français, car ce sont des facteurs de risque majeurs de maladies chroniques. En avril et en mai, les participants de l’étude NutriNet-Santé ont donc été interrogés sur leur alimentation, leur activité physique, sédentarité, poids, mode d’approvisionnement et d’autres facettes de leur comportement nutritionnel.

Leurs résultats montrent que les participants ont suivi trois types d’évolution de comportement :

  • une dégradation des habitudes alimentaires et de vie (37,4 % des participants) : une prise de poids pour 35 % des individus (+1,8 kg en moyenne en 2 mois), une réduction de l’activité physique pour 53 % ; une augmentation de la sédentarité pour 63 % (7h/jour passées assise) ; une augmentation de l’apport énergétique pour 23 % (+443 kcal/jour), du grignotage pour 28 % (au moins une fois/jour), une consommation plus importante de sucreries, biscuits, gâteaux et d’alcool, une diminution de la consommation de produits frais au profit de surgelés ou de conserves, une moindre consommation de fruits et de poisson, davantage de prises alimentaires pour compenser l’ennui (18 %) ou le stress (10 %), des apports moindres en vitamine D. Il s’agissait principalement de sujets de moins de 50 ans, de femmes, de sujets avec anxiété et symptômes dépressifs, ayant fait des études mais avec de faibles revenus, de foyers avec des enfants mineurs, en télétravail pendant le confinement et habitués à consommer des aliments dits « ultra-transformés » ;
  • une amélioration des habitudes alimentaires et de vie (19,8 % des participants) : avec une perte de poids pour 23 % des participants (−2 kg en moyenne), une augmentation de l’activité physique pour 19 %, augmentation du temps à cuisiner pour 40 %, une volonté de rééquilibrage alimentaire pour 14 %, notamment pour éviter de prendre du poids (21 %) ou compenser une baisse d’activité physique (17 %) ; une augmentation de la consommation de fruits, légumes, légumineuses et noix, de poisson, une diminution de la consommation de sucreries, biscuits et gâteaux, et d’alcool. Il s’agissait de moins de 50 ans, en surpoids ou obèses, fumeurs, avec anxiété mais peu de symptômes dépressifs, un niveau d’éducation et de revenus élevés, sans enfants mineurs, en chômage partiel et en télétravail durant le confinement, ou étudiants et une alimentation habituellement de moins bonne qualité nutritionnelle ;
  • des habitudes alimentaires et de vie, restées stables (42,9 % des participants) : il s’agissait de plus de 50 ans, d’hommes, de poids normal, avec un plus faible niveau d’éducation, vivant dans des villes de moins de 100 000 habitants ou en zone rurale, avec peu d’anxiété ou de symptômes dépressifs, sans emploi ou en retraite ou ayant continué à travailler en présentiel durant le confinement et avec une alimentation habituelle de meilleure qualité nutritionnelle et une moindre proportion d’aliments dits « ultra-transformés » avant le confinement.

L’enquête confirme aussi que les participants ont réduit le nombre de leurs lieux d’approvisionnement alimentaires habituels en privilégiant le supermarché, la boulangerie et l’épicerie. Le recours aux achats à distance et aux paniers producteurs a légèrement augmenté. Enfin, 27 % des sujets ont déclaré être stressé à l’idée de manquer de certains aliments pendant le confinement mais seuls 3 % ont déclaré avoir stocké plus d’aliments que d’habitude par crainte de pénuries, quand 45 % déclarent l’avoir fait à cause de la fréquence réduite des achats.

Ces évolutions observées semblent très liées au bouleversement des habitudes durant le confinement : moindre accès aux salles de sport, aux restaurants, au lieu de travail, aux lieux d’approvisionnement alimentaires habituels. Elles dépendent des moyens et opportunités des individus, de leurs préoccupations vis-à-vis de leur santé et de leur risque individuel (surpoids, obésité) face à l’épidémie de COVID-19.

Les auteurs de l’enquête alertent donc sur le fait que le confinement a suscité chez une part importante de la population (37,4 % de la cohorte NutriNet-Santé) des comportements nutritionnels moins favorables à la santé, qui s’ils devaient être maintenus pourraient augmenter le risque de pathologies chroniques.

Au-delà de cette enquête, les données collectées dans le cadre du projet SAPRIS, combinées à la caractérisation nutritionnelle approfondie des participants à l’étude NutriNet-Santé, permettront d’étudier comment la nutrition s’associe au risque de développer COVID-19 (symptômes et sérologie qui sera bientôt disponible pour des dizaines de milliers de participants).

C. Costa « © Société Française de Nutrition. Publié par Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés ».

M. Deschasaux-Tanguy, N. Druesne-Pecollo, Y. Esseddik, F. Szabo de Edelenyi, B. Allès, V.A. Andreeva, J. Baudry, H. Charreire, V. Deschamps, M. Egnell, L.K. Fezeu, P. Galan, C. Julia, E. Kesse-Guyot, P. LatinoMartel, J.M. Oppert, S. Péneau, C. Verdot, S. Hercberg, M. Touvier. Diet and physical activity during the COVID-19 lockdown period (March—May 2020): results from the French NutriNet- Santé cohort study. MedRxiv: https://www.medrxiv.org/content/10.1101/2020.06.04.20121855v1   

Date de publication : 03/02/2021

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