FranceAgrimer a commandé une étude sur l’ampleur du phénomène végétarien/flexitarien afin d’estimer son impact éventuel sur les filières animales et végétales. L’Ifop s’est chargé pour cela d’interroger 15 000 personnes de 15 à 70 ans représentatives de la population française, en 2020 (hors périodes de confinement).

Dans un pays comme la France ou les plats traditionnels  sont à base de viandes, FranceAgriMer aimerait pouvoir quantifier les différents types de non-consommation de viande, les comparer aux pratiques réelles des consommateurs, dresser un profil des non-consommateurs de viande et comprendre leurs motivations.

Combien  de  français  sous  régime  sans  ou  limité  en viande ?

Les participants ont renseigné leur régime alimentaire à partir de 5 descriptions de régimes proposés : omnivore, flexitarien, pescetarien, végétarien et végétalien. Résultats, les omnivores étaient largement majoritaires (74 %),  un  quart  des  Français  se  considéraient  comme flexitariens et seulement 2,2 % se disaient sous régime  sans viande (1,1 % pescetariens, 0,8 % végétariens et 0,3 % végétaliens).  À  l’échelle  de  la  population  française,  les omnivores représenteraient donc 33 millions de personnes, les flexitariens 10,6 millions, les pescetariens 495 000, les végétariens 375 000 et les végétaliens 115 000 sujets.

Une pratique souvent éloignée de ce qui est déclaré 
Interrogés sur leur fréquence de consommation d’aliments,  les sujets sous régimes sans viande déclarent paradoxalement la consommation de produits n’entrant normalement  pas dans le cadre de ces régimes. Ainsi, les végétariens, les pescetariens et même les végétaliens déclarent pour certains consommer occasionnellement (moins d’une fois  par semaine) de la viande (bœuf, mouton, porc), de la volaille ou de la charcuterie. Certains végétaliens déclarent aussi consommer du poisson, des œufs, des produits laitiers  et du miel moins d’une fois par semaine. Et à contrario, 8 % des omnivores déclarés ont des pratiques alimentaires assimilables à du flexitarisme. Finalement, c’est à peine plus de la moitié des sujets déclarant avoir un régime qui a une pratique totalement en accord avec cette déclaration. S’agit-t-il pour les autres d’entorses liées à la mise en place  progressive de ces nouveaux régimes ou bien de pratiques  idéalisées ? Car si seules les pratiques devaient être prises  en compte, cela signifierait que les omnivores représentent 77 % de la population (et non 74 %), que 21 % des Français sont flexitariens (et non 24 %) et que seul 1 % est sous  régimes sans viande (et non 2,2 %).

Les motivations expliquent les incohérences
Sur les 24 % de flexitariens déclarés, seule la moitié a des pratiques cohérentes. Elle est principalement représentée par des monofoyers, des diplômés supérieurs au bac et des sujets un peu plus âgés que les autres. Chez les autres, les entorses au régime pourraient s’expliquer par la limitation d’un seul type de viande (bœuf), une conception très personnelle du flexitarisme, trop de difficultés rencontrées pour appliquer ce régime, une légère réduction de la viande pour des préoccupations budgétaires uniquement, le sentiment de déjà faire beaucoup d’efforts, la limitation de toutes les viandes sauf de la volaille mangée quotidiennement.

De même, chez les sujets sous régime sans viande, 55 % sont cohérents dans leurs pratiques (57 % des pescetariens, 60 % des végétariens et 35 % des végétaliens). Ce sont le plus souvent des femmes, sportives, avec un niveau d’étude supérieur au bac et avec de fortes motivations éthiques. Chez ceux qui font des entorses à leur régime (45 %,  plus souvent des hommes et peu diplômés), ceci pourrait s’expliquer par des motivations moins fortes et centrées sur eux-mêmes (perte de poids, santé), une acceptation plus facile vis-à-vis des écarts et la faim.

Fruits, légumes et féculents davantage consommés
Chez les sujets sous régime sans viande, les autres produits sont consommés avec une plus grande fréquence que  la  moyenne  française.  C’est  le  cas  des  fruits  (en moyenne 8 fois/semaine versus 6,6 fois/sem), des légumes (9,8 fois/sem contre 7,2 fois/sem) et dans une moindre mesure des féculents (5,9 fois/sem versus 5,5 fois/sem).

La réduction de la viande dans l’esprit de tous
Plus de 70 % des flexitariens disent limiter la viande et la volaille contre 17 % des omnivores qui ne se considèrent pas pour autant comme flexitariens. Les viandes de bœuf, de veau, d’agneau, de mouton, de porc et la charcuterie sont en particulier évitées par plus de 80 % des flexitariens. Les  omnivores sont aussi 45 % à dire éviter le veau, l’agneau et  le mouton, 38 % à éviter la charcuterie, 33 % à éviter le porc et 29 % à éviter le bœuf. Cette modification des fréquences  de consommation des viandes est très peu compensée par une augmentation de la consommation d’autres protéines animales chez les flexitariens, comme chez les sujets sous régimes sans viande.

Les raisons de la limitation de la viande
L’adoption d’un régime sans viande se fait relativement jeune (15-24 ans) et le flexitarisme à partir de 50 ans. La santé, la cause animale et la protection de l’environnement sont des motivations qui reviennent pour l’ensemble des régimes. Plus le régime est strict et plus l’engagement est fort. Les omnivores aux pratiques flexitariennes sont également guidés par des notions budgétaires tandis que les régimes sans viande sont encore plus concernés par le bien-être animal et indiquent un dégoût pour la viande et la cruauté d’élever des animaux pour les tuer. Notons que depuis le confinement, des motivations financières, de perte de poids et une réflexion plus globale sur l’alimentation se  sont ajoutées chez les flexitariens.

Des freins à suivre ces régimes
Plus le régime est récent et plus il est difficile de ne pas faire d’écarts. Les sujets éprouvent moins de difficultés dès lors qu’ils conservent de la viande (même peu souvent). Ces difficultés, évoquées par les personnes excluant la viande tiennent aux relations sociales, à la convivialité, à l’incompréhension de l’entourage... Un manque d’inspiration pour remplacer la viande et de connaissance des recettes végétariennes sont aussi évoqués. Pour autant,  le flexitarisme attire les omnivores davantage que le végétarisme. Tandis que les flexitariens et les pescetariens craignent pour leur santé s’ils devaient passer à un végétarisme.
Malgré un contexte aux traditions culinaires fortes autour de la viande, les consommateurs sont de plus en plus à l’écoute des nouvelles tendances allant vers une consommation plus réfléchie et plus durable. Pour autant, les régimes  sans viande sont finalement assez peu adoptés dans la population française. Le flexitarisme est plus populaire mais davantage choisi par contrainte qu’en toute conscience. Pour les auteurs du rapport, le flexitarisme a de l’avenir mais le végétarisme en a moins en raison des nombreuses contraintes qu’il impose.

C. Costa « © Société Française de Nutrition. Publié par Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés ».
FranceAgriMer 20/05/21 - VÉGÉTARIENS ET FLEXITA- RIENS EN FRANCE EN 2020 enquête Ifop
https://www.franceagrimer.fr/Actualite/Etablissement/2021/VEGETARI-ENS-ET-FLEXITARIENS-EN-FRANCE-EN-2020

  

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