Les Cahiers de Nutrition et de Diététique

L’obésité infantile sévère en Europe


L'obésité infantile en Europe

Une étude récente de l’OMS vient de comparer la prévalence de l’obésité infantile sévère entre 10 pays européens. Verdict : les taux d’obésité par pays sont plus élevés dans les pays du Sud de l’Europe. Les chercheurs estiment que des mesures politiques appropriées et des programmes nutritionnels efficaces atteignant les enfants de tous les milieux socio-économiques pourraient remédier aux inégalités sociales de santé.

Aucune étude n’a jusqu’à présent comparé la prévalence de l’obésité infantile sévère dans les pays européens. Une étude récente de l’OMS présentée au Congrès européen sur l’obésité l’a fait et rapporte un large gradient d’obésité infantile sévère en Europe avec les taux les plus élevés dans les pays du Sud de l’Europe. L’obésité sévère est définie par l’OMS en 2007 comme la proportion d’enfants dont l’IMC pour l’âge est supérieur à +3 Z-scores par rapport à la médiane de croissance de référence. L’initiative de surveillance de l’obésité infantile de l’OMS (COSI) a été créée il y a plus de 10 ans pour évaluer la prévalence et suivre l’évolution du surpoids et de l’obésité des enfants de 6 à 9 ans. Cinq collectes de données ont été réalisées dans plus de 40 pays et concernent plus d’un demi-million d’enfants. Les données des trois premières collectes réalisées dans 10 à 21 pays (2007/2008, 2009/2010, 2012/2013) ont été analysées, soit 636 933 enfants âgés de 6 à 9 ans (323 648 garçons/50,8 % et 313 285 filles/49,2 %). La Russie, l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni n’ont pas été inclus dans ces trois premières séries de collecte.

À partir de ces données, les chercheurs constatent de grandes différences de prévalence de l’obésité sévère entre les pays participants, allant de 1 % chez les enfants suédois et moldaves à 5,5 % chez les enfants maltais. Les pays d’Europe du Sud (Grèce, Malte, Italie, Espagne et Saint-Marin) présentent les taux les plus élevés d’obésité sévère, supérieurs à 4 %. Dans les pays d’Europe de l’Ouest et du Nord, comme la Belgique, l’Irlande, la Norvège et la Suède, la prévalence était inférieure à 2 %. Un niveau tout aussi bas a également été observé en Lettonie et en Lituanie. Dans d’autres pays d’Europe centrale et orientale (Albanie, Bulgarie, République tchèque, Hongrie, Moldavie, Roumanie, Slovénie et l’ancienne République yougoslave de Macédoine), un tableau plus hétérogène apparaît avec des prévalences allant de 1 à 4 %. Alors qu’en Bulgarie et dans l’ancienne République yougoslave de Macédoine, la prévalence de l’obésité sévère est similaire à celle des pays d’Europe du Sud (4,0 % et 4,4 % respectivement), en Moldavie et en Albanie, les valeurs sont parmi les plus faibles (1,0 % et 1,2 % respectivement). Cependant, dans ces deux pays qui connaissent une transition nutritionnelle, l’absence de mesures politiques appropriées et efficaces, pourraient faire grimper ces taux. Dans la plupart des pays montrant une différence statistiquement significative selon le sexe, les valeurs de prévalence chez les garçons étaient plus du double de celles des filles. Par ailleurs, dans les pays où la prévalence du surpoids et de l’obésité chez les enfants est plus élevée, l’obésité sévère a également tendance à l’être. Dans de nombreux pays, un enfant obèse sur quatre est gravement obèse. La situation est pire en Bulgarie, à Malte et dans l’ancienne République yougoslave de Macédoine, où elle est d’un sur trois. Au contraire, dans les pays où les taux d’obésité sont moins élevés, moins de 20 % des enfants obèses sont sévèrement obèses.

L’évolution dans le temps de ces obésités sévères a été évaluée pour neuf pays : la Belgique, la Lituanie, la Lettonie, la Bulgarie, la Grèce, l’Italie et l’Espagne. Les données montrent une diminution de l’obésité infantile sévère au fil du temps (à partir de 2007/2008) en Italie, au Portugal et, dans une moindre mesure, en Slovénie, tandis que les autres pays ne montrent pas de grande différence. L’association entre l’obésité sévère et l’âge est moins claire ; en Italie, l’obésité sévère est moins fréquente chez les enfants de 9 ans que chez ceux de 8 ans, tandis qu’en Belgique, en Grèce, Slovénie et Espagne, la différence de prévalence chez les enfants de 7 et 9 ans par rapport aux 6 et 8 ans n’est pas significative.

La présence de taux de prévalence plus élevés d’obésité sévère dans le sud est conforme aux études antérieures sur l’obésité et le surpoids chez les enfants, adolescents et adultes européens. Les chercheurs citent plusieurs explications à cela : la plus petite taille des enfants vivant dans les pays du Sud, des différences de poids de naissance, de durée de sommeil, d’habitudes alimentaires ou d’activité physique. Le niveau d’éducation des parents pourrait également influencer le risque d’obésité sévère. Dans 6 des 8 pays pour lesquels ce critère est pris en compte, la prévalence de l’obésité sévère était plus élevée chez les enfants dont la mère n’avait fait que des études primaires ou secondaires que chez les enfants dont la mère avait fait des études supérieures, mais la différence était statistiquement significative dans 3 cas seulement.

Ces données suggèrent que 398 000 enfants de 6 à 9 ans vivent avec une obésité sévère, sur les quelques 13,7 millions qui vivent dans les 21 pays européens participants en 2013. Les chercheurs estiment que des actions de promotion de la santé en milieu scolaire pourraient, en atteignant les enfants de tous les milieux économiques, remédier aux inégalités sociales en matière de santé.

Notons que l’application de définitions différentes de l’obésité sévère (OMS versus IOTF) a conduit à des estimations différentes, les valeurs de prévalence basées sur les seuils de l’OMS étant, dans tous les pays, nettement supérieures à celles basées sur les seuils de l’International Obesity Task Force/IOTF (plus couramment utilisé en France). Les différences portaient principalement sur l’estimation de la prévalence de l’obésité sévère chez les garçons, qui avait tendance à être plus du double en utilisant les courbes de croissance de l’OMS par rapport aux seuils de l’IOTF. Ces différences de prévalence ne contestent cependant pas la nécessité de prendre au sérieux l’obésité infantile sévère.

 C. Costa  « © Société Française de Nutrition. Publié par Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés ».

European Congress on Obesity — 28 avril—1er mai 2019, Glasgow. Prevalence of severe obesity among primary schoolchildren in 21 European countries. Angela Spinelli et al. Obesity Facts 2019 https://www.drive.google.com/file/d/1IcQ9UWdOJG2ppr8d6tmEacEu6KcHdcbK/view.

 

Date de publication : 18/09/2019

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