Cette étude a pour but de mettre en évidence les facteurs de risque des troubles du comportement alimentaire (TCA) chez l’enfant de 0 à 3 ans, afin de dépister les situations à risque, prévenir l’évolution vers les formes sévères et préciser les stratégies à mettre en place pour une prise en charge adaptée.
Les difficultés alimentaires du jeune enfant sont en constante augmentation ; elles concernent 20 à 25 % des nourrissons et des jeunes enfants et sont devenues un des motifs de consultation les plus fréquents dans cette tranche d’âge. Les facteurs de risque des TCA ont été étudiés à travers une étude cas-témoin menée entre janvier 2011 et décembre 2014 comprenant un échantillon de 103 enfants dont 57 présentant des difficultés alimentaires et 46 témoins.
Les antécédents familiaux et personnels, ainsi que la prise en charge nutritionnelle et médicamenteuse de chaque enfant ont été analysés. Plusieurs facteurs de risque ont été mis en évidence chez les enfants avec TCA par rapport aux enfants témoins.
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Facteurs de risque de TCA |
Patients (n = 57) |
Témoins (n = 46) |
p |
Antécédents familiaux |
TCA famille |
44 % |
9 % |
< 0,01 |
Antécédents personnels |
Césarienne |
40 % |
11 % |
0,002 |
Prématurité |
26 % |
0 % |
< 0,01 |
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Hypotrophie |
22 % |
7 % |
0,05 |
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Pathologie néonatale |
40 % |
9 % |
< 0,01 |
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Prise en charge nutritionnelle et médicamenteuse |
Changement de lait |
74 % |
33 % |
< 0,01 |
Hydrolysats de protéines de lait de vache |
53 % |
9 % |
< 0,01 |
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IPP |
65 % |
12 % |
< 0,01 |
IPP : inhibiteur de la pompe à protons
Au contraire, les facteurs suivants n’ont pas eu d’incidence sur l’apparition de TCA : l’IMC et la multi-culturalité des parents, le rang de l’enfant et le nombre d’enfants dans la fratrie, les antécédents de fausses couches et d’IVG, le déclenchement de l’accouchement ou encore l’allaitement maternel.
Ce qu’il faut retenir
Plusieurs facteurs de risque de TCA jusque-là non étudiés ont été mis en évidence et doivent être connus des médecins pour permettre la prévention et la prise en charge optimale des difficultés alimentaires du jeune enfant. Des conseils pratiques doivent être donnés aux parents dès l’apparition des premiers troubles, tels que des moyens concrets d’action, une délimitation d’un cadre de soins en collaboration avec le médecin ou encore le recours à des équipes spécialisées multidisciplinaires pour les cas sévères.
IMC : Indice de Masse Corporelle ; IVG : Interruption Volontaire de Grossesse
Dubedout S, Cascales T, Mas E et al. Troubles du comportement alimentaire restrictifs du nourrisson et du jeune enfant : situations à risque et facteurs favorisants. Archives de Pédiatrie 2016 ; 23 : 570-576
Date de publication : 27/07/2016