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Le prix Jean Trémolières, remis à l’occasion de la Journée Annuelle Benjamin Delessert a été attribué à Marine Mas, psychologue clinicienne qui a réalisé une thèse sur la compréhension des processus cognitifs de traitement de l’information alimentaire chez des individus normopondéraux, en surpoids et en obésité. Elle a notamment évalué l’influence d’un amorçage olfactif implicite sur l’orientation attentionnelle des individus et le rôle de leurs caractéristiques individuelles.

Une sensibilité particulière aux informations alimentaires

Des données suggèrent que des particularités dans le traitement de l’information alimentaire (vue, odeurs...) pourraient favoriser le développement ou le maintien de l’obésité. Cette vulnérabilité aurait tendance à orienter automatiquement l’attention des sujets vers les aliments denses en énergie et altèrerait le contrôle des processus cognitifs.

Les odeurs orientent les choix alimentaires 

Des études ont testé l’effet d’un amorçage implicite (de l’attention) par les odeurs sur les choix alimentaires des sujets. Une expérimentation auprès d’adultes normo-pondéraux a montré par exemple que l’odeur de melon conduisait les sujets à choisir plus d’entrées avec des légumes que ceux n’ayant pas été exposé à cette odeur tandis que l’odeur de poire les conduisait à choisir plus de fruits en dessert que les non exposés. Une étude chez des enfants normo-pondéraux et obèses rapportait une tendance à choisir davantage de desserts gras et sucrés pour les sujets normaux pondéraux lorsqu’ils étaient exposés aux odeurs de poire ou de quatre-quarts alors que les enfants obèses n’étaient pas influencés par l’odeur de quatre-quarts mais avaient tendance à choisir plus de fruits quand ils étaient exposés à l’odeur de poire.

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Les aliments denses en énergie attirent l’attention

Dans une première étude, Marine Mas a montré que les individus sont tous attirés visuellement par les aliments à haute densité énergétique quel que soit leur statut pondéral. Mais lorsqu’à la vue étaient discrètement ajoutées des odeurs (« amorçage implicite »), le type d’odeur utilisée (poire versus quatre-quarts) avait un effet différent sur les choix alimentaires selon le statut pondéral. Et les sujets obèses étaient davantage attentifs aux aliments denses en énergie lorsqu’ils étaient exposés aux odeurs de quatre-quarts. Ceci pose la question de leur éventuelle vulnérabilité cognitive aux aliments à haute densité énergétique.

Les odeurs ralentissent le traitement de l’information visuelle

Des études supplémentaires ont permis à Marine Mas de voir que la visualisation d’aliments à haute densité énergé- tique pouvait occasionner un déficit de contrôle inhibiteur sans que l’ajout d’odeurs n’ait d’impact supplémentaire. En revanche, les individus étaient plus lents à trai- ter l’information visuelle : les individus normo-pondéraux étaient plus lents lorsque des odeurs de poire étaient diffu- sées tandis que les sujets obèses étaient plus lents lorsqu’ils étaient exposés à l’odeur de quatre-quarts.

Un profil plus vulnérable

Dans une troisième étude, différentes mesures (variables sociodémographiques, qualité de vie, variables psychologiques, style et préférences alimentaires, image du corps) ont été intégrées au modèle et ont permis de classer les individus en « vulnérable », « satisfait » ou « protégé ». Le statut pondéral ne permettait pas de distinguer les profils. Le profil « vulnérable » éprouvait plus d’insatisfaction vis-à-vis de sa santé et son corps, avait une qualité de vie moins bonne, appréciait les aliments gras, en consommait fréquemment et ressentait plus souvent des émotions négatives. Les deux autres profils, « satisfait » et « protégé », avaient en commun une bonne qualité de vie, une consommation peu fréquente d’aliments gras et peu de ressenti négatif. Les « satisfaits » avaient une bonne satisfaction de leur santé et de leurs corps. Les « protégés » avaient peu tendance à manger en fonction de leurs émotions ou en fonction des stimuli de leur environnement.
Bien que les capacités olfactives ne soient pas différentes en fonction du statut pondéral (Mas et al., 2021), les individus avec un Indice de Masse Corporelle élevé semblent avoir de moins bonnes capacités d’inhibition, un processus important dans l’autorégulation du comportement. Ce travail indique par ailleurs qu’il semble plus facile d’amener des individus à « aller vers » quelque chose que de les en empêcher. Enfin, on voit qu’il existe une composante automatique dans les choix alimentaires ce qui signifie qu’il est injuste d’accuser les sujets obèses de « manque de volonté ».

Source : JABD — Marine Mas — Des odeurs alimentaires pour comprendre l’influence d’un environnement obésogène sur notre cerveau. 4 février 2022 www.institut-benjamin-delessert.net.

C. Costa « © Société Française de Nutrition. Publié par Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés ».

Date de publication  10.06.2022

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