Nutrition & pathologies

Un nouveau modèle pour étudier la résistance à l'insuline chez l'homme


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Cet article présente des travaux de recherche visant à étudier l’impact d’une consommation excessive d’acides gras saturés sur la résistance à l’insuline.

Une série d’études en cross over a été menée chez des hommes et des femmes adultes, en surpoids ou obèses, sans problème médical aigu ni diabète. Elles avaient pour objectif de comparer les effets de différents régimes (riches en acides gras saturés ou riches en glucides) vs un régime  « témoin ».

 

Parmi ces régimes, le régime SFA, riche en AGS (acides gras saturés) consistait en la prise fréquente d’une boisson lactée chocolatée hypercalorique et composée à 80 % de lipides, 15 % de glucides et 5 % de protéines. Le profil lipidique était constitué à 63 % d’AGS, à 29 % d’AGMI (acides gras monoinsaturés) et 4 % d’AGPI (acides gras polyinsaturés). Cette boisson était consommée à tous les repas (la quantité consommée était de 65 g/m2 de surface corporelle) et avant le coucher (32,5 g/m2). Dans la première étude, les participants suivaient le régime SFA pendant une journée et au cours du petit-déjeuner du lendemain (régime SFA24). Dans les autres études de type cross over, les participants suivaient le régime SFA :

a) au cours d’un petit-déjeuner (régime SFA-B, n = 6),

b) pendant une journée (du petit-déjeuner jusqu’au snack avant le coucher) (SFA-D,

n = 7),

c) pendant une journée, suivie d’une journée d’un régime « témoin » (SFA-D/C, n = 6).

 

Un autre régime (CARB24) proposait le même apport calorique que le régime SFA mais reposait cette fois sur la consommation fréquente d’une boisson composée à 60 % de glucides, à 15 % de protéines et 25 % de lipides (avec une répartition égale entre AGS, AGP, AGM). Elle était consommée pendant 24 heures à tous les repas et avant le coucher et au petit-déjeuner du lendemain. Comme pour le régime SFA, ce régime était mené en cross over avec un régime « témoin ».

 

Au cours du régime « témoin », les participants étaient invités à suivre des recommandations diététiques. Dans ce régime, 20 % des calories étaient issues des protéines, 25 % des lipides (donc en dessous des recommandations françaises d’un régime équilibré) et 55 % des glucides, pendant 72 heures. Ce régime contrôle était également proposé pendant au moins 3 jours avant tous les autres régimes précédemment cités.

 

Les chercheurs ont mesuré la résistance à l’insuline des participants grâce à des tests réalisés 3 heures après le petit-déjeuner (SFA24, C2RB24, SFA-B) ou après la nuit de jeûne (SFA-D, SFA-D/C). Les participants recevaient pendant 180 minutes une perfusion d’insuline, d’octréotide et de glucose. Leur sang était prélevé 4 fois, à 10 minutes d’intervalle, de la 150e à la 180e minute et leur glycémie était mesurée. La moyenne de ces 4 mesures représentait la concentration SSPG (steady-state plasma glucose), mesure directe de la capacité de l’insuline à mobiliser le glucose perfusé. Plus la concentration SSPG est élevée, plus la résistance à l’insuline est forte. Pour confirmer les effets des AGS sur la résistance à l’insuline, la technique du clamp euglycémique hyperinsulinémique a été réalisée chez 6 patients (régime SFA24).

 

Par rapport au régime « témoin », le régime SFA24 a augmenté les valeurs à jeun de la glycémie (5,6 ± 0,7 mM versus 5,4 ± 0,6 mM, p < 0,05), de l’insulinémie (79 ± 49 pM versus 63 ± 36 pM, p < 0,05) et du cholestérol HDL (1,11 ± 0,28 mM versus 1,06 ± 0,26 mM, p < 0,05) tandis que le régime CARB24 a diminué la triglycéridémie à jeun (2,1 ± 0,4 mM versus 2,4 ± 0,9 mM, NS).

 

Quand les mesures étaient faites 3 heures après le petit-déjeuner, le régime SFA24 a augmenté par rapport au régime « témoin » la triglycéridémie (2,1 ± 1,2 mM versus 1,8 ± 0,8 mM, p < 0,05), le cholestérol total (5,6 ± 3 mM versus 5,2 ± 2,2 mM, p < 0,05) et HDL (1,04 ± 0,26 mM versus 0,96 ± 0,26 mM, NS), tandis que le régime CARB24 a augmenté l’insulinémie (153 ± 118 pM versus 76 ± 69 pM, p < 0,05).

 

Les concentrations en acides gras libres étaient inchangées après une nuit de jeûne (900 ± 364 versus 816 ± 373 μM pour le régime « témoin », p = 0,3), mais étaient augmentées 3 heures après un petit-déjeuner du régime SFA (1138 ± 450 versus 752 ± 390 μM pour le régime « témoin », p = 0,01).

 

La concentration SSPG était augmentée après 24 h du régime SFA (83 ± 74 % vs contrôle, n = 38) dans l’ensemble de la cohorte, qui était composée de patients avec une tolérance au glucose normale (92 ± 82 %, n = 22) ou anormale (65 ± 55 %, n = 16) (p < 0,001). La concentration SSPG était également augmentée après un seul petit-déjeuner SFA (55 ± 32 %, p = 0,008, n = 7). L’augmentation de la concentration SSPG était moins prononcée après une nuit de jeûne faisant suite à une journée de régime SFA (24 ± 31 %, p = 0,04, n = 10), et atténuée 24 h après être revenu au régime contrôle (19 ± 35 %, p = 0,09, n = 11). La concentration SSPG n’était pas augmentée après 24 heures de régime CARB (26 ± 50 %, p = 0,11, n = 12).

 

Ce qu’il faut retenir

Un régime riche en acides gras saturés (AGS), même sur une courte durée, induit une résistance à l’insuline, quel que soit le niveau de tolérance au glucose. La résistance à l’insuline persistait après la nuit de jeûne qui suivait un repas riche en AGS et était atténuée par une journée d’une alimentation équilibrée. De plus amples études sont nécessaires pour étudier cet effet.

 

Koska J et al. A human model of dietary saturated fatty acid induced insulin resistance. Metabolism, 2016 ; 65 (11) : 1621-8.

 

Date de publication : 28/11/2016