Nutrition & pathologies

La supplémentation calcique serait-elle dangereuse pour le cœur ?


Certaines études pointent du doigt la supplémentation calcique (hors produits laitiers) : elle augmenterait le risque d’accidents cardiovasculaires. Une mise au point vient éclairer ce sujet d’actualité…

En 2008, une étude a lancé une polémique sur le rôle néfaste d’une supplémentation calcique. Il s’agissait d’un critère secondaire d’un essai initialement destiné à évaluer l’efficacité thérapeutique d’un gramme de citrate de calcium vs placebo pour prévenir la perte osseuse et les fractures ostéoporotiques. L’analyse a posteriori de l’étude, qui a duré cinq ans et a rassemblé 1471 femmes ménopausées et en bonne santé, a montré chez les femmes recevant du calcium une augmentation significative du risque d’infarctus du myocarde (IM) et d’un critère composite associant infarctus du myocarde (IM), AVC et mort subite. D’autres études ou méta-analyses ont suivi. Dans une ré-analyse des résultats de l’étude « The Women’s Health Initiative Calcium – Vitamin D Randomized Controlled Trial», l’auteur concluait que traiter 1000 femmes avec calcium et vitamine D pendant cinq ans revenait à prévenir trois fractures de hanche mais également à provoquer six IM ou accident vasculaires cérébraux.

Quelles sont les hypothèses qui pourraient expliquer cette augmentation du risque d’accident cardiovasculaire ?  La supplémentation calcique élève la calcémie de façon plus prononcée et brutale que ne le fait le calcium de l’alimentation, or un apport excessif en calcium pourrait causer une calcification ou une raideur des grosses artères élastiques prédisposant aux ischémies myocardiques. Il est important de remarquer que seule la supplémentation calcique et non les apports alimentaires de calcium pourraient augmenter le risque cardiovasculaire.

Aujourd’hui, ce risque semble être relativisé. Le congrès 2012 de l’ASBMR a permis d’apporter des éléments nouveaux et rassurants. Par exemple, l’analyse multivariée d’une étude rétrospective réalisée sur 8060 patients âgés de plus de 50 ans et suivis en cardiologie pendant 5,7 ans a montré que la supplémentation en calcium n’était pas un facteur de risque associé à un excès de mortalité. Après ajustement sur les facteurs de risque et les traitements, la supplémentation calcique n’était toujours pas associée à un excès de maladie coronarienne et la survie était comparable entre les groupes.

Une autre étude observationnelle a évalué l’impact des apports alimentaires en calcium sur les fractures, les événements cardiovasculaires et les calcifications aortiques. La cohorte regroupait initialement 41 514 hommes et femmes âgés entre 45 et 64 ans qui ont fait l’objet d’un suivi prospectif sur 13–14 ans. Au total, il semble que la prise de calcium alimentaire en quantité importante soit bénéfique que ce soit pour l’incidence fracturaire, les déformations vertébrales, les accidents cardiovasculaires non fatals, les AVC non fatals et les calcifications aortiques sévères.

 

Ce qu’il faut retenir

Les études évoquant un risque cardiovasculaire lié à la supplémentation calcique ne permettent pas d’établir de façon formelle un lien de causalité. D’une façon générale, la supplémentation n’est à envisager que lorsqu’il est impossible pour le sujet de parvenir à des apports adéquats par la simple alimentation. Le calcium alimentaire, essentiellement véhiculé par les produits laitiers ne semble pas concerné par le sur-risque cardiovasculaire et pourrait même être protecteur.

 

Source : Fardelonne P et al. Supplémentation calcique et risque cardiovasculaire. Revue du rhumatisme, 2014 ; 81 : 131–5

Date de publication : 11/06/2014