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Gaspillage alimentaire : les recommandations de l’Académie d’agriculture

Face aux 3,8 millions de tonnes de denrées comestibles jetées chaque année en France, l’Académie d’agriculture avance des solutions concrètes pour mobiliser agriculteurs, distributeurs, entreprises, pouvoirs publics et consommateurs.
Alors qu’une part significative des Français rencontre des difficultés à se nourrir sainement et suffisamment, des quantités importantes de denrées comestibles sont gaspillées. L’Académie d’Agriculture de France a publié un état des lieux sur le gaspillage alimentaire en France, les actions engagées et les leviers d’amélioration possible.

3,8 millions de tonnes jetées par an

Chaque Français consomme en moyenne environ 1,5 kg par jour d’aliments (boissons exclues), soit 550 kg par an ou encore 36 millions de tonnes chaque année pour l’ensemble de la population. Le gaspillage alimentaire (parties comestibles des aliments qui sont jetées) tout au long de la chaîne alimentaire s’élève à 3,8 millions de tonnes par an dont 1,3Mt (52 g/jour/personne) pour les ménages à domicile (35 % de la totalité du gaspillage), 0,99 Mt pour la production agricole (26 %), 0,64 Mt pour la transformation (17 %), 0,54 Mt pour la consommation hors domicile (14 %) et 0,30 Mt pour la distribution (8 %). Cumulé au et hors domicile (1,84 Mt), il représente 4,6 % des denrées comestibles disponibles pour les consommateurs ou encore l’équivalent de 4 % de leurs dépenses annuelles pour se nourrir (hors boissons).

Les déchets alimentaires (parties comestibles et non comestibles des aliments) s’élèvent à 9,7 millions de tonnes par an sur l’ensemble de la chaîne alimentaire et au seul niveau de la production agricole à 1 % de ce que produit la France (dont 9 % pour la filière pomme de terre). En masse (mais pas en apports nutritionnels), le gaspillage alimentaire est équivalent à ce que consomment 7 millions de personnes chaque année.

Des actions engagées pour réduire le gaspillage

Depuis 2016, les pouvoirs publics ont défini un cadre réglementaire de lutte contre le gaspillage avec les lois Garot, Égalim et AGEC, imposant notamment les dons alimentaires, la non-destruction de denrées consommables, la réalisation de diagnostics anti-gaspillage dans les industries alimentaires et la restauration collective, la création d’un label national anti-gaspillage, l’inscription de la lutte contre le gaspillage dans les projets alimentaires territoriaux. Simultanément, une politique de prévention s’est mise en place reposant sur l’information, la sensibilisation et l’éducation. L’ADEME est le bras opérateur de cette politique.

Les collectivités territoriales agissent surtout via les réseaux d’évitement du gaspillage alimentaire (REGAL) et les projets alimentaires territoriaux (PAT), tandis que les professionnels s’engagent progressivement sur la formation interne, la mesure du gaspillage, la valorisation des invendus, l’optimisation de la logistique et des partenariats avec le tissu associatif. Celui-ci joue un rôle clé dans la collecte des invendus, la distribution alimentaire, la sensibilisation, l’accompagnement social et l’innovation citoyenne. La recherche publique reste insuffisamment mobilisée dans la recherche de réduction du gaspillage, alors que les composantes économiques, sociales, éducatives, environnementales et éthiques du gaspillage alimentaire méritent d’être davantage étudiées.

Optimiser la lutte

Dans la prolongation du rapport du Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) de 2021, l’Académie d’agriculture de France estime que l’ensemble des acteurs doivent poursuivre leurs efforts de lutte contre le gaspillage alimentaire en s’appuyant notamment sur une évaluation exhaustive des actions locales destinée à identifier les plus performantes et favoriser leur dissémination, en particulier celles portant sur les dons alimentaires et les actions de prévention. L’intelligence artificielle pourrait aider à mieux appréhender et optimiser cet écosystème. 
L’Académie observe que la lutte contre le gaspillage se heurte à la difficulté de devoir agir à cinq niveaux cumulatifs mais différents et indépendants (production, transformation, distribution, consommation à la maison, consommation hors domicile) au sein desquels les marges de progrès individuelles sont faibles. Certes, il lui apparaît utile d’afficher des objectifs macroéconomiques, mais les valeurs moyennes présentées cachent de grandes différences au sein d’un même maillon de la chaîne alimentaire ; il faudrait donc s’appuyer sur des analyses plus fines pour mener une politique visant directement les entreprises et les populations les plus gaspilleuses (les 18/24 ans, les employés, les inactifs).

 L’Académie formule plusieurs recommandations comme :

 -    Mieux cibler les campagnes de prévention, en particulier vers les publics les plus concernés (notamment les jeunes), et renforcer l’éducation dès l’école primaire ;

 -    Clarifier l’utilisation des mentions de la DLC (date limite de consommation) et de la DDM (date de durabilité minimale des aliments), qui sont une source de gaspillages facilement évitables ;

 -    Mobiliser davantage la recherche (sciences sociales, sciences comportementales, science de l’éducation) pour concevoir des messages efficaces, non culpabilisants et adaptés à leurs cibles. Intégrer les dimensions éthiques et environnementales ;

 -    S’appuyer sur des analyses plus fines pour mener une politique visant directement les cibles sur lesquelles agir, en prenant en compte la multiplicité des petites marges de progrès ;

 -    Évaluer les actions entreprises afin d’identifier les approches les plus efficaces et soutenir leur déploiement à grande échelle ;

 -    Renforcer et optimiser les dons alimentaires en consolidant les pratiques, les flux et la logistique, au regard du potentiel encore existant ; anticiper les effets sur la lutte contre la précarité ;

 -    Explorer la contribution de l’intelligence artificielle pour cartographier les initiatives, comparer les résultats et faciliter la diffusion des meilleures pratiques
À titre d’exemples d’optimisation de la lutte contre le gaspillage, l’Académie propose, à destination des agriculteurs et des entreprises, de prendre en compte la lutte contre le gaspillage dans la recherche d’une rentabilité optimale, d’évaluer l’impact des normes de commercialisation des denrées agricoles brutes (calibrage, aspect) sur le gaspillage ; pour la distribution, d’optimiser la gestion des stocks dans les grandes surfaces ; pour la restauration hors domicile (EHPAD, cantines scolaires, hôpitaux, restaurants d’entreprises. . .), de travailler simultanément sur la taille des portions et la qualité gustative des plats ; pour la restauration commerciale, de mettre en œuvre du guide des bonnes pratiques « Vaincre le gaspillage » élaboré par l’Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie (UMIH) en 2018 (à actualiser également) ; à destination des consommateurs, d’amplifier les campagnes d’informations vers la population française et tout particulièrement vers les jeunes (dès l’école primaire).
 

   Réduire le gaspillage alimentaire en France. État des lieux actions engagées, leviers d’amélioration. Groupe de travail animé par Michel Dron. Février 2026. https://www.academie-agriculture.fr/publications/ publications-academie/avis/rapport-sur-le-gaspillage-alimentaire-en-france.

C. Costa

C. Costa © Société Française de Nutrition. Publié par Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.

Date de publication : 13/08/2026

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