Alors que le plan stratégique INRAE2030 lancé en 2020 arrive à mi-parcours, nos sociétés font face à des crises multiples (climatique, sanitaire, économique ou géopolitique) qui affectent fortement les systèmes agricoles et alimentaires. Ces crises aggravent l’insécurité alimentaire, la malnutrition et les pressions sur les ressources naturelles. Les agriculteurs et les filières agroalimentaires font face à des défis majeurs de durabilité, compétitivité et souveraineté alimentaire. Dans ce contexte, la recherche doit apporter des solutions concrètes à ces crises. La révision de la stratégie et des priorités de recherche de l’INRAE a donc pour objectif, en tenant compte de ce nouveau contexte et des avancées scientifiques, de mieux répondre à certaines attentes sociétales fortes et de mieux accompagner les transformations nécessaires dans les domaines agricoles, alimentaires et environnementaux.
Cinq grandes orientations scientifiques
La feuille de route INRAE2030 s’articule autour de cinq grandes orientations scientifiques du pôle « Alimentation et santé » :
• Les changements globaux et risques associés ;
• La transition agroécologique et la transformation des systèmes alimentaires ;
• La bioéconomie sobre et circulaire ;
• L’approche « One Health » — une seule santé ;
• Les sciences des données, intelligence artificielle et numérique au service des transitions.
À ces orientations scientifiques s’ajoutent des axes de politique générale visant à :
• Accroître l’impact des recherches et accélérer les processus d’innovation ;
• Renforcer les partenariats académiques du niveau local au niveau international ;
• Et amplifier la démarche RSE, levier d’attractivité et d’efficacité pour l’INRAE.
Les enjeux de l’axe « Alimentation et santé »
Les enjeux identifiés couvrent trois dimensions principales : la santé, l’environnement et les aspects socioéconomiques.
-Santé
L’alimentation, combinée à un manque d’activité physique, contribue à de nombreux facteurs de risque et à une mortalité précoce.
On observe des régimes alimentaires éloignés des recommandations nutritionnelles, notamment dans certaines catégories de population, ainsi qu’une réémergence de risques sanitaires liés aux productions agricoles et alimentaires, en partie du fait du changement climatique.
Les interactions entre santé et microbiote constituent également un domaine de recherche prioritaire.
-Environnement
Le système alimentaire dans son ensemble, du champ au consommateur (gaspillage inclus), représente environ 25 % des émissions de gaz à effet de serre et contribue à la dégradation des milieux. Les contaminants issus des aliments se retrouvent dans l’environnement, tandis que le changement climatique affecte en retour la qualité et la quantité de matières agricoles, ainsi que la santé humaine.
-Socioéconomique
On observe un gradient social de l’obésité, un budget alimentaire en baisse et des prix à la hausse, accentuant les inégalités. Les revenus agricoles sont fragilisés, les marchés volatils, et les marges industrielles faibles, ce qui freine l’innovation. Le partage de la valeur au sein de la chaîne alimentaire reste déséquilibré.
Face à ces constats, une approche transversale est nécessaire pour étudier les interactions et rétroactions entre santé, environnement, économie et conditions de vie.
Quatre priorités de recherche ont été définies :
• Aller vers des systèmes alimentaires durables ;
• Promouvoir une alimentation saine et durable ;
• Mieux comprendre les microbiomes pour les systèmes alimentaires et la santé ;
• Approfondir l’approche « Une seule santé » en caractérisant l’exposome afin de réduire les impacts des contaminants.
Ces priorités sont étroitement interconnectées et se renforcent mutuellement.
Aller vers des systèmes alimentaires durables
L’objectif est de structurer la recherche autour des systèmes alimentaires afin de promouvoir des régimes sains et durables. Cette approche se déploiera à plusieurs échelles (locale, nationale, européenne et internationale), en s’appuyant sur des démarches collectives et la coopération entre acteurs.
Quatre axes principaux guideront les travaux :
• L’étude des facteurs de transformation des systèmes alimentaires ;
• L’analyse des dynamiques de coévolution entre comportements de consommation et environnements alimentaires (restauration collective, circuits courts, grande distribution) ;
• L’examen de l’organisation spatiale entre les bassins de production, de transformation, de distribution et de consommation et leurs effets sur l’utilisation des ressources ;
• La compréhension des modèles de consommation alimentaire et leur articulation avec les politiques publiques.
À l’échelle territoriale, il s’agit de stimuler tous les travaux sur les coûts complets de l’alimentation, en mobilisant les analyses multicritères pour savoir exactement combien coûte notre alimentation, développer une culture et une communauté permettant d’aborder les systèmes alimentaires dans leur complexité, leurs interactions avec les enjeux climatiques, énergétiques et géopolitiques à différents niveaux. Au niveau local, il s’agit de surveiller la dynamique de la composante alimentation des projets territoriaux (PAT). Au niveau national, il s’agit de s’inscrire dans les stratégies qui adressent directement les questions alimentaires et plus largement la production agricole.
Au niveau européen, l’INRAE poursuit son rôle moteur dans la programmation de la recherche, notamment à travers le Standing Committee on Agricultural Research (SCAR) Food Systems et le partenariat européen « FutureFoodS », lancé il y a un an et demi.
À l’international, l’institut s’inscrit dans la dynamique onusienne pour la transformation durable des systèmes alimentaires.
Promouvoir une alimentation saine et durable
Il s’agit d’animer et de coordonner les recherches tout au long du continuum « production — transformation — qualité des aliments », afin d’identifier les meilleurs compromis entre qualité nutritionnelle, impact environnemental, attentes des consommateurs et accessibilité économique.
Les travaux viseront à :
• Maximiser la présence de composés à bénéfices nutritionnels tout en réduisant les impacts environnementaux et la présence de composés indésirables ;
• Mieux intégrer les connaissances sur les relations causales entre alimentation, nutrition, fonctions physiologiques et état de santé, en tenant compte du rôle du microbiome ;
• Poursuivre les recherches sur le rééquilibrage entre protéines animales et végétales dans les régimes alimentaires ;
• Identifier les besoins nutritionnels spécifiques et prendre en compte les préférences des consommateurs pour favoriser le développement d’innovations adaptées ;
• Mobiliser les communautés scientifiques autour de la définition et de l’évaluation d’interventions destinées à influencer positivement les comportements alimentaires, en tenant compte des contextes de consommation et d’achat.
Comprendre les microbiomes pour les systèmes alimentaires et la santé
L’INRAE investit dans ce domaine depuis plus de vingt ans. Il s’agit désormais de renforcer et d’animer les travaux visant à développer des innovations favorisant une alimentation durable et contribuant à la prévention des maladies chroniques.
Les objectifs sont les suivants :
• Stimuler l’innovation dans les procédés de transformation, notamment à travers les fermentations complexes, dans le cadre du Grand Défi Ferment du Futur, actuellement dans sa troisième année, et grâce aux infrastructures permettant de développer des preuves de concept innovantes ;
• Approfondir les connaissances sur les interactions entre aliments, microbiote et hôte, ainsi que leurs effets sur la santé. Ces recherches s’inscrivent dans le programme d’équipements prioritaires de recherche de France 2030 sur les systèmes alimentaires, microbiome et santé, (PEPR SAMS, https://pepr-sams.fr/), ainsi que dans le programme de sciences participatives « French Gut » porté par MétaGenoPolis, https://lefrenchgut.fr/ ;
• Renforcer la collaboration avec les partenaires institutionnels et privés, en définissant des conditions optimales de coopération pour accélérer la production et la valorisation des connaissances.
Une seule santé : caractériser l’exposome pour réduire les impacts des contaminants
Ce domaine nécessite encore un travail approfondi, car le concept de « Une seule santé » englobe l’ensemble des directions scientifiques de l’INRAE. Il s’agit d’un champ complexe et transversal, à l’interface de l’environnement, de l’agriculture et de l’alimentation. Pour le volet alimentation, les recherches se concentrent sur la caractérisation de l’exposome :
• L’étude des contaminants issus des écosystèmes ;
• L’analyse des flux microbiens ;
• L’évaluation des effets du changement climatique sur la modification des organismes et des flux.
L’objectif est de décrire la présence et la dynamique des contaminants tout au long de la chaîne depuis la production jusqu’à la consommation en développant :
• Des approches de caractérisation chimique précises ;
• Des outils pour quantifier les effets « cocktails » entre substances ;
• Une meilleure compréhension des mécanismes de transfert et d’accumulation dans les systèmes alimentaires.
Ces travaux s’accompagnent d’une qualification des dangers, d’une anticipation et gestion des risques, ainsi que du développement de capacités d’analyse des effets de ces flux sur la santé humaine, en partenariat avec l’Anses et l’Inserm.
Autour de ces quatre grandes orientations stratégiques, quatre défis à horizon de cinq ans ont été définis. Ils portent notamment sur :
• Les innovations favorisant la transition des régimes alimentaires ;
• Le développement des filières de protéines végétales ;
• Les évolutions du commerce international des biens agricoles et alimentaires, ;
• Les avancées dans la recherche sur les microbiomes.
Enfin, l’Inrae vient de renouveler toutes ses directions scientifiques avec des femmes à leur tête : Isabelle Litrico-Chiarelli, Anne Varet, Sophie Nicklaus, Monique Axelos.
Priorités INRAE 2025—2030 : lancement de 15 défis
« Recherche et Innovation ». 20 janvier 2026. https://www. inrae.fr/actualites/priorites-inrae-2025-2030-lancement-15- defis-recherche-innovation
C. Costa
C. Costa © Société Française de Nutrition. Publié par Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
Date de publication : 24/04/2026
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