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Malgré plus de vingt ans de politiques publiques autour du Programme National Nutrition Santé (PNNS), les recommandations alimentaires, aujourd’hui bien identifiées par une large majorité de Français, n’intègrent pas les pratiques quotidiennes. Une étude du CRÉDOC publiée en mars 2026 quantifie, à partir de la dernière vague de son enquête annuelle CAF 2025, le décalage entre connaissance des repères nutritionnels et comportements réels.

Une bonne connaissance des repères nutritionnels

Les messages du PNNS sont désormais largement diffusés dans la population. Ainsi, 87 % des Français connaissent la recommandation de consommer cinq fruits et légumes par jour. En revanche, la recommandation relative aux produits laitiers apparaît moins installée : 42 % seulement savent qu’il est conseillé de consommer deux produits laitiers quotidiens.
Le Nutri-Score bénéficie également d’une forte notoriété : 96 % des adultes déclarent connaître ce dispositif, contre moins d’un sur deux en 2018. Parmi eux, 78 % le jugent utile et 56 % estiment qu’il influence leurs achats alimentaires.

Un écart marqué entre connaissances et pratiques

La diffusion des recommandations ne garantit pas leur application. Seuls 16 % des Français qui connaissent la recommandation déclarent consommer plusieurs fruits et légumes par jour et 12 % plusieurs produits laitiers quotidiennement. La connaissance des recommandations améliore les comportements puisque parmi les personnes ignorant le repère des fruits et légumes, seuls 9 % déclarent une consommation compatible avec les objectifs nutritionnels.

Des inégalités sociales et générationnelles persistantes

Le respect des recommandations varie selon les profils socio-démographiques. Les femmes suivent davantage les repères nutritionnels que les hommes. Elles sont notamment 18 % à déclarer une consommation suffisante en fruits et légumes et 14 % en produits laitiers, contre, respectivement 13 % et 10 % des hommes.
Les personnes âgées de 55 ans et plus adoptent également des comportements plus favorables : 18 % suivent les recommandations en fruits et légumes et 12 % en produits laitiers, contre 14 % et 9 %, respectivement des 15—24 ans. Les individus diplômés de l’enseignement supérieur respectent davantage les recommandations relatives aux fruits et légumes que les moins diplômés (22 % des personnes avec un niveau supérieur à bac + 2 contre 14 % des sujets avec niveau inférieur à bac + 2).

Le poids des contraintes économiques et culturelles

Les difficultés budgétaires constituent un frein majeur. Aujourd’hui, 21 % des Français déclarent restreindre leurs dépenses alimentaires, tandis que 7 % se trouvent en situation de précarité alimentaire, indiquant manquer parfois ou souvent de nourriture. Parmi ces derniers, 12 % disent consommer plusieurs fruits et légumes par jour et 9 % plusieurs produits laitiers.
Entre 2019 et 2025, les prix ont fortement progressé :
+31 % pour les fruits et +29 % pour les légumes, renforçant la sensibilité au prix, exprimée par 80 % des consommateurs, contre 75 % en 2023.
Au-delà de l’aspect financier, les habitudes jouent un rôle déterminant. La part des Français souhaitant passer le moins de temps possible à cuisiner est passée de 34 % en 2018 à 45 % en 2025, tandis que celle des sujets affirmant aimer cuisiner au quotidien recule de 70 % à 63 % entre 2023 et 2025. Or, les personnes déclarant trouver pénible de préparer leurs repas sont aussi celles qui atteignent le moins souvent les recommandations en fruits et légumes (elles sont 13 % contre 18 % chez ceux qui ne trouvent pas pénible de cuisiner). Par ailleurs, 21 % des personnes attachées à la cuisine maison et à la qualité des produits atteignent ces recommandations contre 10 % de ceux sous contrainte budgétaire et 11 % de ceux peu impliqués dans leur alimentation.

Une évolution du rapport entre alimentation et santé

L’alimentation semble progressivement perdre sa place centrale dans la prévention. En 2016, ils étaient 85 % à considérer que faire attention à ce que l’on mange est un moyen de prévention santé, contre 70 % en 2025. Dans le même temps, le niveau de confiance vis-à-vis des professionnels de santé pour conseiller une alimentation saine a gagné cinq points entre 2023 et 2025.
Cette évolution traduit une médicalisation croissante de la prévention, au détriment d’une approche davantage centrée sur les comportements alimentaires.

Une politique publique confrontée à des obstacles structurels

Cette enquête réalisée en juin 2025 auprès de 3003 personnes âgées de 15 ans et plus, conclut que l’information nutritionnelle, bien que nécessaire, est insuffisante pour modifier durablement les pratiques. Prendre davantage en compte les arbitrages budgétaires, le manque d’intérêt pour la cuisine et l’évolution des représentations sociales de la santé semble aujourd’hui indispensable pour rendre l’action publique plus efficace.

Des recommandations bien connues. . . mais peu suivies. Consommations et modes de vie no 355. Credoc. Mars 2026.

https://www.credoc.fr/publications/des-recommandations-bien-connues-mais-peu-suivies

C. Costa

C. Costa © Société Française de Nutrition. Publié par Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.

Date de publication : 27/07/2026

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