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Le gouvernement a dévoilé sa nouvelle feuille de route pour faire reculer l’obésité, la dénutrition et la sédentarité, tout en favorisant une alimentation plus durable. Une version qui suscite déjà le débat.
C’est à l’occasion du Sommet One Health à Lyon, que le gouvernement a dévoilé le cinquième Programme National Nutrition Santé (PNNS5) pour la période 2026—2030. Cette nouvelle édition, met l’accent sur la lutte contre la dénutrition chez les personnes âgées ou fragiles, l’alimentation des femmes enceintes et de la petite enfance, la promotion de l’allaitement maternel, ainsi que le développement de l’activité physique et des mobilités actives.

Des enjeux sanitaires persistants et de nouveaux objectifs environnementaux

Aujourd’hui, près d’un Français sur deux est en situation de surpoids ou d’obésité. Plus de cinq millions de personnes vivent avec une maladie cardiovasculaire, plus de quatre millions avec un diabète et plus de trois millions sont prises en charge pour un cancer. À ces défis sanitaires s’ajoutent désormais des impératifs de durabilité environnementale. Le PNNS 5, conjointement avec le PNA 4, sont une déclinaison de la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (SNANC).

Ce cinquième PNNS a été élaboré à partir d’un rapport de mission inter-inspections de l’IGAS et du CGAAER, chargé d’évaluer le PNNS 4 et le PNA 3. Le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) a également rendu un avis afin de définir les objectifs de santé publique du PNNS 5 en cohérence avec ceux de la SNANC. Le texte s’appuie également sur les consultations menées auprès des agences régionales de santé (ARS), des acteurs de la société civile, des opérateurs économiques, des agences d’expertise, ainsi que des instituts et sociétés savantes. Au total, le PNNS 5 prévoit un ensemble de mesures destinées à améliorer la santé nutritionnelle de la population, dont 20 mesures structurées autour de trois axes. C’est moins de mesures que le PNNS 4 car l’activité physique sort du périmètre du PNNS pour être intégrée à la Stratégie nationale sport-santé, et le volet relatif à la prise en charge de l’obésité est confié à la DGOS.

Des objectifs chiffrés en matière de poids, d’alimentation et d’activité physique

Le PNNS 5 fixe plusieurs objectifs de santé publique relatifs au statut pondéral. Il vise notamment une diminution de 30 % de la prévalence du surpoids et de l’obésité chez les enfants et les adolescents, ainsi qu’une baisse de 20 % chez les jeunes issus de familles défavorisées.

En matière d’activité physique et de sédentarité, le programme ambitionne d’augmenter la proportion d’enfants, d’adolescents, d’adultes et de seniors atteignant les recommandations sanitaires, tout en réduisant le temps passé assis et la part des personnes très sédentaires.

Concernant les produits consommés, les objectifs affichés sont de (1) porter à 12 % la part des produits biologiques dans la consommation alimentaire ; (2) atteindre 40 % de personnes déclarant utiliser le Nutri-Score ; (3) parvenir à 75 % des volumes de ventes de produits transformés affichant le Nutri-Score.

Le PNNS 5 entend également promouvoir l’allaitement maternel afin d’atteindre un taux de 85 % d’enfants allaités à la naissance.

Les objectifs relatifs à la dénutrition, aux consommations alimentaires et aux apports nutritionnels restent inchangés par rapport au PNNS 4, dans l’attente des résultats de l’enquête Albane sur l’évolution de la situation nutritionnelle de la population française.

Des actions en faveur des jeunes et des territoires ultra-marins

Parmi les mesures spécifiques aux enfants et adolescents, le gouvernement prévoit une réduction progressive de la teneur en sucres des produits fréquemment consommés par les enfants via un accord collectif avec les filières agroalimentaires (action no 1), l’incitation de la grande distribution à retirer les produits de confiserie des sorties de caisse (action no 2), une meilleure protection des jeunes contre la publicité pour des produits considérés comme non favorables à la santé et contre l’implantation de fast-foods à proximité des établissements scolaires (action no 6), l’amélioration de la qualité nutritionnelle des repas servis dans les structures de la petite enfance, ainsi que la diffusion de recommandations nutritionnelles auprès des professionnels et des parents d’enfants de moins de quatre ans (action no 14), l’évaluation du dispositif des petits-déjeuners à l’école (action no 17).

Dans les territoires ultramarins, les priorités portent sur l’amélioration de la qualité de l’offre alimentaire et l’accès de tous les enfants à un repas équilibré (action no 4), le renforcement et une meilleure structuration de l’aide alimentaire (action no 5), la diffusion de recommandations nutritionnelles adaptées aux spécificités locales (action no 9), le déploiement de programmes nutritionnels dans les établissements scolaires (action no 16).

Un environnement alimentaire encadré mais peu contraignant

En réponse aux critiques faites au PNNS 4, jugé trop centré sur les comportements individuels, le gouvernement prendra des mesures structurelles pour façonner un environnement alimentaire plus favorable à la santé. Certaines mesures impacteront donc la filière agroalimentaire comme la volonté d’améliorer la qualité de l’offre proposée dans les distributeurs automatiques (action no 3), la mise à disposition des entreprises d’outils de promotion d’une alimentation saine et durable, de la pratique d’activités physiques et sportives et de la diminution du temps de sédentarité en milieu professionnel (action no 18). Le gouvernement prévoit également une révision des messages sanitaires pour renforcer impact comportemental (action no 7), la poursuite du déploiement du Nutri-Score en France et à l’international, y compris en restauration hors foyer (action no 8).

En revanche, la question des aliments dits « ultra-transformés » ne fait l’objet d’aucune mesure opérationnelle spécifique, la SNANC ayant renvoyé à l’Anses le soin d’en établir une définition opérationnelle. Au final, ces mesures relatives à l’environnement alimentaire demeurent majoritairement incitatives plutôt que contraignantes (sauf en cas de non-respect d’engagements volontaires) contrairement aux recommandations formulées par le HCSP.

Prévention, maternité, dénutrition et lutte contre les discriminations

Le PNNS prévoit plusieurs mesures de prévention et d’accompagnement : faire de la prévention du surpoids et de l’obésité chez l’enfant une grande cause nationale d’ici 2030 (action no 11), accompagner les femmes enceintes, en post-partum, via l’élaboration de nouvelles recommandations nutritionnelles et assurer des apports suffisants en vitamine B9 pour la santé des nouveau-nés (action no 12), soutenir et faciliter l’allaitement maternel pour les femmes qui le souhaitent (action no 13), renforcer le repérage et la prévention de la dénutrition chez les personnes âgées (action no 15).

Le programme prévoit également de sensibiliser la population sur les risques potentiels liés à la consommation de compléments alimentaires sans suivi par un professionnel de santé (action no 10).

Par ailleurs, le PNNS 5 entend promouvoir une image corporelle positive, favoriser des environnements plus inclusifs et lutter contre les discriminations et la stigmatisation des personnes en situation d’obésité (action no 19). Il prévoit enfin de renforcer l’information et la formation des professionnels afin de développer les projets de prévention nutritionnelle (action no 20).

La question du coût d’une alimentation saine, pourtant identifiée comme un frein majeur pour de nombreux Français, n’est toutefois pas abordée dans cette nouvelle édition.

Les repères de consommation

Le PNNS recommande :

-    D’augmenter les consommations de fruits et légumes (au moins cinq portions par jour), légumes secs (au moins deux fois par semaine), fruits à coque non salés (une petite poignée par jour), plats faits maison (quand c’est possible) ;

-    D’aller vers les féculents complets (au moins une fois par jour), les poissons gras et maigres en alternance (deux fois par semaine), des produits laitiers (deux par jour pour les adultes et trois pour les enfants), les aliments de saison, locaux ou bio si possible ;

-    De réduire les consommations d’alcool, de boissons sucrées, de produits salés et de sel, de produits avec un Nutri-Score D et E ;

-    De limiter la consommation de viande : privilégier la volaille et limiter les autres viandes (porc, bœuf, veau, mouton, agneau, abats) à 500 g par semaine ;

-    De limiter la consommation de charcuterie à 150 g par semaine.

Des critiques déjà formulées

Cette nouvelle version du PNNS suscite déjà des réserves parmi certains acteurs de santé. Les diététiciens regrettent notamment la faible place accordée à leur profession, mentionnée une seule fois dans le document. Les professionnels spécialisés dans les troubles du comportement alimentaire, déplorent également l’absence de ces problématiques dans le rapport et des mesures qui telles qu’elles sont présentées pourraient les favoriser.
 

Programme National Nutrition Santé 2026—2030. Ministère de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées. 8 avril 2026. https://sante. gouv.fr/prevention-en-sante/preserver-sa-sante/nutrition/ le-programme-national-nutrition-sante/article/programme-national-nutrition-sante-pnns-professionnels
 

C. Costa

C. Costa © Société Française de Nutrition. Publié par Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.

Date de publication : 13/08/2026

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